ARCHIVES DE LA BIENNALE DE PARIS
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Vers un art sans oeuvre, sans auteur, et sans spectateur, par
Stephen Wright

Pour un catalogue des arts
réputés illégitimes, par
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Six points d'informations, par
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Performer la société, par
François Deck

Archiver la disparition, par
Alexander Koch

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2e Amicale
3e Amicale
4e Amicale
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Stratégies et Méthodes TB
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Target Autononpop
That’s Painting Productions
Thermo-hygrographe
The Yesmen
The real world
Third Text
Visualinguistic
Voghchaberd
Y a trop d'artistes!
Ultralab
Ynbk

Annonces 1

Dans l’art contemporain on
trouve de tout, mais en moins
bien qu’ailleurs

Découvrez en vous l’artiste que
vous avez toujours rêvé d’être

I have nothing to show
and I’m showing it

Je vois l’art de plus en plus,
là où ça n’est pas fait exprès

Journée nationale d’abstention de fabrication de produits artistiques
La culture façonne par toutes
ses expressions une pratique
de l’obéissance

L’oeuvre fait écran à l’activité artistique
Participer aux recherches
d’un disparu

Un beau cadre de vie est
l’archétype de l’art du futur

Un art libéré de l’idée de l’art,
ce serait tout un art


Education

Apprendre l’histoire de l’art
à partir de silhouettes d’artistes

Ateliers de dessins
inaccessibles au regard

Recherches sur la visibilité
pour les non-voyants


Etudes

Etude sur la reconversion
du monde de l'art


Annonces 2

Agencement d’art
Achetez votre électricité
Accord juridique entre 2 parties
Appel à l'unité du Liban
Appel à candidatures Précaritas
Déclaration formelle d'existance
Désuétudes
Foyer des auteurs émergents
Insertions dans la presse
Jeu de société
Publicités
Recherche complices
Re-introduction du goût dans l’art
Supplément d’oeuvre

Compétences et incompétences

Compétences
Incompétences
Mutualisation des incompétences

Produits

Bière spéciale coupée à l’eau
Bière 8.7
Blanc
Cocktails
Collecteurs excréments de chiens
Confetti
Conservateur liquide universel
Eau du robinet au naturel
Extincteurs
Fontaine
Fantômes
Hygromètres
Isoloirs pour téléphones mobiles
Le diable
Les Marcel’s
Objets Dériviants
Oca-Ola
Outillage
Miel Béton
Tee-shirt XLs
Revaloriser les produits degradés

Services

Annulation d’espaces
Buffets de vernissages
Chargeur de téléphone portable
Contrats prévoyances obsèques
Déménagements
Destruction de lieux d’exposition
Déplacement d’oeuvres
Immortaliser votre amour
Inventaire des moins visibles
Locations de chaises de toile
Mesure de la qualité de vie
Motifs décoratifs
Nettoyage et entretien
Organiseur
Peinture en bâtiment
Piscines
Simulacres d’oeuvres nocifs
Superfiltre de perception
Transport de courrier à pied
Travaux de bâtiment
Un jeu de cartes
Visualisations des idées

Madame Duplok

Madame Duplok a été fondé en 2003. Son objet est l’échange en soi. Son regard se pose en particulier sur les lieux périphériques ou de marginalité (sociale...). Le matériel utilisé est très économique (plastique amidonné, PVC, plexiglas, tôles) et leur usage vise en particulier à mettre en évidence les potentialités esthétiques implicites dans le lieu. Actuellement le groupe est constitué par Ettore, Giulio et Sergio.

« Capo d'opera »

Capo d’opera est intraduisible en français. De fait, dans la langue italienne, le mot capo indique non seulement quelque chose ou quelqu’un qui se place à un niveau d’excellence dans sa catégorie, un guide ou encore, justement, un chef d’oeuvre, mais aussi un vêtement. C’est dans cette ambiguïté sémantique que réside en partie le sens de notre démarche.

Etapes

Après avoir mis au clair cet aspect, il est néanmoins important de retracer les stades du projet Capo d’opera pour éviter le risque de ne la considérer qu’un projet isolé et « accidentel ». À l’origine Capo d’opera fut crée pour une exposition qui se tenait à Milan en mai 2006 intitulée « Contact » organisée par Angelo Caruso. Dans un immeuble aux larges cours intérieures situé dans la banlieue de Milan elle présentait des travaux liés aux problèmes des immigrés et aux rapports inter-culturels. Selon Madame Duplok ce genre d’expositions court le risque de figer les visiteurs, les résidents et les projets dans une relation piteuse prédéterminée et d’une frivolité exaspérante. Même si à Milan cela fut brillamment évité grâce à la spontanéité et à la disponibilité de tous les participants, a priori une relation à la manière de Jules César : veni, vidi, vado (je viens, je vois, je m’en vais) faisait la loi. L’ambition de sortir de ce cercle épidermique aux nombreuses victimes a produit Capo d’opera. Les visiteurs, les habitants de l’immeuble, les artistes étaient invités, à chercher quelqu’un avec qui échanger, sous forme de don, quelque chose qui leur appartenait, de préférence un vêtement ou accessoire et ce, sans se connaître forcément. Un geste si ouvertement anti-utilitariste et en même temps intimement entraînant. C’est Madame Duplok qui ensuite mettait sous vide les deux objets avec une machine Magic Vac Champion, après y avoir certifié l’opération, en les transformant de cette façon en Capo d’opera. Ensuite elle photographiait les deux donneurs au moment où il s’échangeaient leurs objets. En effet il s’agit d’un développement triangulaire puisque la démarche de Madame Duplok se présente comme un don, qui entame la prédominante logique du libre échange. L’expérience de Milan, qui, comme on l’a dit, a eu lieu dans la banlieue de la ville en présence de nombreux immigrés, a mis en évidence une difficulté, partagée par tous les sujets sauf - et cela signifie beaucoup - par les enfants présents. La difficulté dont on parle est celle de ne pas réussir a dépasser le plan de la vision pour accéder a celui de la relation. Parfois la possibilité d’un échec pratique nous a paru comme profondément significatif pour l’opération !

Madame Duplok, outils 1
Madame Duplok. Outils de travail.
Madame Duplok, outils 2
Madame Duplok. Outils de travail.
Madame Duplok, outils 3
Madame Duplok. Outils de travail.
Madame Duplok, outils 4
Madame Duplok. Outils de travail.

Valeurs intensifiées à Paris

D’abord parce que la culture française, à partir des premières études sur le don de Marcel Mauss en 1923-1924, a toujours montré une attention continuelle à ce thème, aussi bien au niveau ethnographique et anthropologique, qu’au niveau philosophique. Il suffit aujourd’hui de citer Jacques Godbout, Alain Caillé et le Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales (MAUSS) de Paris, ou encore, d’une façon différente, Charles Charpentier. Et, au hasard, on peut également citer Georges Bataille, Jean Luc Marion et Serge Latouche et beaucoup d’autres encore. Mais c’est dans un livre de 1976 écrit par l’américain Lewis Hyde intitulé The Gift Imagination and the Erotic Life of Property que le don et l’oeuvre d’art sont étroitement entrelacés ; on retrouve également le même lien dans l’ouvrage de Jacques Godbout L’Esprit du don, un lien très important pour nous. Pour en venir au fait, l’opération que Mme Duplok réalise pourrait être considérée comme un supplément d’oeuvre ou bien « une position subordonnée […] placée en dehors »(1) par rapport à l’action principale de recherche et de l’échange de dons qui transforme l’individu en homo reciprocus. Mais ce qui paraît en position subordonnée est en réalité la condition fondamentale pour que le sens esthétique du don se manifeste. Et enfin, nous tenons à le rappeler, c’est un « don en soi ». C’est justement ce dernier aspect qui légitime la valeur artistique de Capo d’opera, sans le réduire à des marchandises, ou mieux encore à des « marchandises absolues ». C’est ce que Baudelaire disait de l’art et qui est, en effet, la seule autre alternative qui resterait pour accéder au statut d’oeuvre d’art. Mais si l’on choisit cette dernière alternative on produit trop de dégâts. Comme par exemple celui de faire un art éblouissant, puissant, et tout à fait insignifiant. Mais il y a surtout le risque de produire « un véritable aveuglement en retour, un aveuglement programmé » selon ce que Luigi Ghirri écrit en citant Shakespeare « Quel caprice du sort, une si bonne vue et terminer en cul de sac ». Il s’agit d’un cul de sac que Pier Paolo Pasolini décrit en « La Divina Mimesis », un texte qui l’occupa de 1963 jusqu’a sa mort : « Le monde des hommes tel que nous le connaissons dans notre vie modelée par la majorité, est un monde d’acheteurs. Tout ce qui nous sert pour nous manifester est acheté ». C’est justement ici, dans ce cul de sac que notre démarche veut s’insérer, même s’il est impossible de démolir ce paradoxe de la modernité. Cela dit, l’autre raison qui fait de Paris un lieu où il est possible d’intensifier le sens d’une intervention comme Capo d’opera réside dans sa nature de métropole-fétiche, d’après Benjamin. Les villes naissent comme des lieux de stockage et de marché, et le marché est l’épitomé du libre échange. Le choix de quatre marchés comme lieux d’exposition/action de Capo d’opera pour la Biennale de Paris, n’a pas du tout l’intention de devenir une enquête sociale, il s’agit plutôt d’un but polémique et d’une veine de folie. Le dieu du sacrifice est le dieu du don, alors que dieu nous aide. Fera-t-il froid ?

Madame Duplok, outils 5
Les personnes sont photographiées avec les affaires
échangées vidées de propriété.
Madame Duplok, outils 6
Madame Duplok. Environnement d'échange.

D’après une conversation avec Alberto Abruzzese

Public-art : art dans la ville ou pour la ville ou bien encore contre la ville ? Pour le citoyen ou pour la personne ?

Définir implicitement le public art comme art urbain pourrait sembler réducteur, même si la zone urbaine est en effet son lieu privilégié. Toutefois, si la question se définit par la préposition, nous voudrions mieux parler du public-art comme d’un art en rapport avec la ville, et donc avec quiconque s’y trouve, soit-il résident ou bien de passage. De cette façon l’art public devient un art collectif, ouvert, amical. Naturellement un art possédant ces qualités risque d’avoir un accueil « distrait », comme s’il s’agissait de décoration urbaine, ou bien d’être considéré tout simplement amusant. Mais mieux vaut cela que la liturgie du marché.

Est-ce que la dimension publique de l’espace urbain impose ou non ses contenus à l’expérience artistique ? En quoi le public-art se distingue-t-il - si vous croyez qu’il se distingue - de la dimension privée des galeries ou institutionnelle des musées ?

La dimension publique de l’espace urbain propose sans aucun doute ses contenus, même de façon envahissante, mais c’est comme ça. Un plat du jour, rien de plus. En ce qui concerne les caractéristiques distinctives du public-art par rapport à l’art des galeries et des musées, c’est qu’elles sont peut-être trop nombreuses. En synthèse on pourrait dire que dans le public-art l’aspect le plus remarquable est l’absence d’emphase, qui caractérise les contenus et les lieux qui les contiennent. Bref, tous les « wow ! » en public-art deviennent de simples « tiens… » […]

Avec quels matériaux - techniques, expressifs, formels ou autre - fait-on du public-art ?

Nous préférons répondre à cette question en citant Robert Smithson, pour qui l’oeuvre « ne doit pas s’imposer sur le lieu, elle doit plutôt exposer le lieu ». Nous sommes, éthiquement et esthétiquement, du même avis.

Quels sont les moyens qu’il faudrait rendre disponible au public-art et par quelles institutions ou ressources ?

Selon une loi italienne il faudrait attribuer 2% des dépenses totales destinées à la réalisation d’ouvrages publiques, permettrait la création d’oeuvres d’art public. Cela nous semble une forme d’illuminisme appréciable, et non pas forcément du mécénat, mais cette loi n’est jamais appliquée. Toutefois, si l’art veut s’émanciper de l’isolement qu’il crée par soi même et veut devenir publique, c’est la seule voie à suivre.

D’après Z.A.T. Zone Artistiche Temporanee, Nomos Edizioni, Varese 2004.

Remerciements : Alessandro, Francesca, Kir (figurants), Alexandre, Camilla (dessins), Emma, Marion, Antonella, Martine.

Notes :

1. J. Derrida, La vérité en peinture.

Madame Duplok, outils 7
Installation sur le Marché d’Aligre, Paris. 10.2006.
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