ARCHIVES DE LA BIENNALE DE PARIS
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Thermo-hygrographe
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The real world
Third Text
Visualinguistic
Voghchaberd
Y a trop d'artistes!
Ultralab
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Annonces 1

Dans l’art contemporain on
trouve de tout, mais en moins
bien qu’ailleurs

Découvrez en vous l’artiste que
vous avez toujours rêvé d’être

I have nothing to show
and I’m showing it

Je vois l’art de plus en plus,
là où ça n’est pas fait exprès

Journée nationale d’abstention de fabrication de produits artistiques
La culture façonne par toutes
ses expressions une pratique
de l’obéissance

L’oeuvre fait écran à l’activité artistique
Participer aux recherches
d’un disparu

Un beau cadre de vie est
l’archétype de l’art du futur

Un art libéré de l’idée de l’art,
ce serait tout un art


Education

Apprendre l’histoire de l’art
à partir de silhouettes d’artistes

Ateliers de dessins
inaccessibles au regard

Recherches sur la visibilité
pour les non-voyants


Etudes

Etude sur la reconversion
du monde de l'art


Annonces 2

Agencement d’art
Achetez votre électricité
Accord juridique entre 2 parties
Appel à l'unité du Liban
Appel à candidatures Précaritas
Déclaration formelle d'existance
Désuétudes
Foyer des auteurs émergents
Insertions dans la presse
Jeu de société
Publicités
Recherche complices
Re-introduction du goût dans l’art
Supplément d’oeuvre

Compétences et incompétences

Compétences
Incompétences
Mutualisation des incompétences

Produits

Bière spéciale coupée à l’eau
Bière 8.7
Blanc
Cocktails
Collecteurs excréments de chiens
Confetti
Conservateur liquide universel
Eau du robinet au naturel
Extincteurs
Fontaine
Fantômes
Hygromètres
Isoloirs pour téléphones mobiles
Le diable
Les Marcel’s
Objets Dériviants
Oca-Ola
Outillage
Miel Béton
Tee-shirt XLs
Revaloriser les produits degradés

Services

Annulation d’espaces
Buffets de vernissages
Chargeur de téléphone portable
Contrats prévoyances obsèques
Déménagements
Destruction de lieux d’exposition
Déplacement d’oeuvres
Immortaliser votre amour
Inventaire des moins visibles
Locations de chaises de toile
Mesure de la qualité de vie
Motifs décoratifs
Nettoyage et entretien
Organiseur
Peinture en bâtiment
Piscines
Simulacres d’oeuvres nocifs
Superfiltre de perception
Transport de courrier à pied
Travaux de bâtiment
Un jeu de cartes
Visualisations des idées

Infratecture

Infratecture : Architecture virale. Instrument de correction architecturale.

L’escalier sculpture a trouvé son origine dans une fantasmagorie. Je continue de trouver sa dénomination ultérieure d’« escalier sculpture » insuffisante et trompeuse. Le terme d’« anti-architecture » serait plus pertinent bien qu’il donne à entendre que le destinataire, voire le point de référence, soit l’ordre architectural existant. En fait, je m’adresse aux rapports de force et aux exclusions symbolisés et établies à travers l’architecture.

Je voulais me mesurer avec les dimensions concrètes d’un bâtiment. C’est ainsi que j’ai défini les critères de mon intervention dans un espace donné réel. Mon « architecture dérangeante » devrait s’ajouter à l’échelle 1:1 à l’architecture déjà en place et on devrait pouvoir la parcourir comme les espaces déjà existants. A cet effet, il me fallait trouver la « dimension dérangeante » appropriée. Le langage l’a déjà révélé : l’intervention que je projetais est née d’un rapport direct et systématique avec l’aspect extérieur de l’architecture en place, c’est à dire à partir des dimensions concrètes, données statiques, hauteurs de plafond, limites de charge pour poids portant à cru etc. Quand je veux expliquer la genèse de la nouvelle forme je me réfère en permanence au bâtiment ancien. Avec mon « escalier », comme je le nommerai en abrégé par la suite, j’ai créé un double de l’escalier en béton déjà existant. Le nouvel escalier rivalise avec l’ancien. Fonctionnel, il respecte autant que possible les conventions de la construction d’escaliers en charpenterie traditionnelle. Le fait qu’il soit parfaitement superflu en regard des purs déplacements à l’intérieur du bâtiment indique une autre fonctionnalité, symbolique, exactement comme dans l’ancien bâtiment. Y poser le pied ouvre un nouvel espace social, créé par les utilisateurs. Une seule personne suffit déjà à ouvrir un espace social. Il suffit même de seulement imaginer que l’on séjourne un moment sur l’escalier pour pénétrer dans un nouvel espace ou une nouvelle sphère de pensée. Une forme fréquente d’utilisation de l’escalier réel dans son existence a été son utilisation imaginaire. à travers le design de l’escalier, j’ai tenté d’obtenir une oscillation entre l’imitation et l’identification avec l’escalier en place d’un côté, et d’affirmer une revendication de particularité de l’autre. Par exemple, l’escalier de bois était laqué d’une couleur semblable à celle du béton lavé des colonnes alentour. L’idéal était que cette oscillation ne s’arrête jamais. Je me réjouissais donc chaque fois que les passants me demandaient ce que c’était que ça, au juste. Je répondais que l’on pouvait monter d’un côté et redescendre de l’autre. On croyait que c’était un raccourci pour aller au dernier étage. En fait, c’était un détour. L’escalier vous ramenait à peu près au niveau de l’étage d’où vous étiez parti. Mais vous vous retrouviez à un autre endroit du bâtiment. L’escalier était composé de 4 volées de marches en bois formant une croix, ou un croisement, au dessous du point zénithal. Le point zénithal était situé à 15 mètres de hauteur. Chacun des quatre escaliers de bois se raccordait à l’architecture existante, deux des quatre escaliers de bois aboutissaient à des marches en pierre. Le point d’intersection des marches en pierre et des marches en bois était particulièrement important comme point de rencontre entre le neuf et l’ancien. D’une part, j’intégrais mon escalier formellement en tant qu’aménagement fonctionnel de chemins dans l’espace et de l’autre, je le faisais concourir avec l’escalier en pierre normal. Je paraphrasais de plus le bâtiment, édifié en 1913 par Fritz Schumacher, qui avait été conçu dès le départ comme aménagement de chemins dans l’espace. Mais où ces nouveaux chemins menaient-ils ? L’escalier est l’ersatz de quelque chose qui manque, d’un point de vue symbolique, à ce bâtiment. Il se comprend comme outil ou instrument de questionnement à l’aide duquel de nouvelles questions peuvent être formulées et un manque décelé. La formulation de nouvelles questions et les diagnostics de manque ne sont plus uniquement de mon ressort, je ne suis que l’auteur de cette intervention. Il me faut évoquer à cet endroit l’influence du « Konzeptkunst » des années 70 sur ma personne. A l’époque, l’idée de réaliser un « outil » avec les moyens de l’art était virulente. Dans les années 90 en Autriche, les artistes du groupe « Wochenklausur » ont essayé d’obtenir au moyen de leur identité professionnelle de l’argent et des concessions accordés en général plutôt à des artistes qu’à d’autres groupes sociaux. Du moins, une fois qu’ils ont acquis une certaine réputation sur le marché de l’art. « Wochenklausur » détourna les fonds et projeta des interventions sociopolitiques soutenues par un design intégralement artistique. Le design mordait bien entendu également sur le terrain de la stratégie et le la tactique politique. L’escalier n’a pas été conçu pour s’adresser à un groupe de la société en particulier. Il est conçu pour un espace semi-public, l’école des Beaux-Arts de Hambourg, où j’ai été étudiante pendant des années. A l’aide de cette intervention architecturale je règle mes comptes avec le système académique de l’école dans lequel il me semble que beaucoup de discours font défaut. Un nombre incalculable de fois au cours de mes études, j’ai parcouru des chemins dans le bâtiment de l’école. Des étudiants de différents domaines des beaux-arts m’ont dit qu’ils avaient également déjà eu l’impression de se mouvoir dans l’escalier différemment qu’ailleurs. L’escalier leur paraissait singulièrement familier. Peut-être que j’ai pris l’idée de l’escalier au sein d’un fonds commun, contingent contenant l’imaginaire de l’architecture. D’autres ont bien entendu également accès à ce contingent qui ne s’ouvre qu’au moment où l’on en fait l’utilisation, l’expérience sensible.

Infratecture 1
Infratecture 2

Effectuer perpétuellement les mêmes parcours dans le bâtiment peut facilement engendrer une forme imaginaire représentant le superflu et l’abondance des chemins à parcourir. Le superflu, parce que beaucoup de chemins parcourus au cours de mes études l’ont été en vain à ma grande contrariété. L’abondance, au contraire, renvoie à un contingent qui pourrait offrir une issue en-dehors des limites données. Cette issue possible, je l’ai invertie, c’est à dire qu’elle est construite vers l’intérieur et non quelque part à l’extérieur comme critique de l’institution exposée dans une galerie. J’ai placé l’escalier à l’endroit où j’ai pris conscience, alors que je me déplaçais dans la maison, de ma critique envers cette maison même, les chemins parcourus. Toutefois, il me fallut d’abord clarifier ma critique en moi-même. Une construction invertie symbolise l’accueil temporaire d’une opinion différente, divergente. Le fait de pouvoir parcourir l’escalier et son adaptation aux dimensions du corps humain ouvrent cette construction de l’esprit vers l’extérieur et invitent à l’utilisation. C’est ainsi qu’un discours critique nombre de fois passé sous silence au cours de mes études fut ouvertement formulé à un endroit qui n’avait jamais été destiné à accueillir un nouvel élément. J’ai coincé l’escalier en le serrant dans la structure de la cage d’escalier. Il est réalisé sur mesure juste pour cet endroit et ainsi explicitement « site-spécifique ». On m’imposa le règlement sur les constructions qui devait assurer la sécurité des visiteurs. Car il n’y aurait jamais en permanence quelqu’un pour veiller à éviter les accidents. Cela signifiait la perte de contrôle sur l’utilisation de l’escalier et devint le plus grand objet de litige entre moi et l’administration de l’école. Notre querelle ne se vida pas au niveau d’une discussion sur l’art mais au niveau administratif et des rapports de force. Néanmoins, mon idée artistique fut souvent un argument apte à rouvrir un conflit fourvoyé, voire même à expliquer mon opiniâtreté et à empêcher que je ne sois marginalisée, du moins au niveau artistique. Finalement, je pus gagner à ma cause plusieurs professeurs en art et en architecture qui jugeaient mon projet digne d’encouragement. Trois professeurs en architecture se déclarèrent prêts à délivrer des certificats aux étudiants en architecture des premier et troisième semestres qui participeraient à la réalisation de l’escalier. Je n’avais pas les moyens de rémunérer le travail des étudiants. Pendant la phase de réalisation de l’escalier je les formai en leur expliquant les difficultés de la réalisation d’un tel projet - la lutte pour obtenir un permis de construire, les querelles avec le service public sont le pain quotidien de tout architecte - et en leur enseignant la manière de construire un escalier. Ils firent un travail pratique à la menuiserie et aidèrent au montage des éléments de l’escalier.

La participation d’étudiants en architecture à mon projet rendit son annulation difficile à l’administration. J’avais dorénavant mes antennes dans plusieurs domaines de l’école. Le mécanisme était en branle et il n’était plus facile de l’arrêter. Mes connaissances de plus en plus approfondies des relations et des structures de pouvoir internes de l’école me permirent de les utiliser au profit de la réalisation de mon projet. Voici le récit d’une petite anecdote qui illustre la nécessité de tirer les ficelles dans l’ombre. Le directeur administratif, M. Müller-Ruhnau, était de mon côté. Je lui avais parlé de mon projet d’un point de vue artistique, mais surtout, je l’avais convaincu que les mesures de sécurité étaient suffisantes. Le directeur administratif donna son accord d’un point de vue technique uniquement sur le fait que le professeur d’architecture, M. Baller, et le professeur de statique, M. Pichler, s’étaient déclarés responsables de mon projet et qu’ils entretenaient des relations amicales avec la présidente, Mme Goehler. Le professeur en architecture H. Baller, chef de chantier officiel (le chef de chantier inofficiel, c’était moi), se querella au téléphone avec la corporation professionnelle. Elle avait été alarmée par le responsable de la sécurité de l’école. Le directeur administratif fut dans l’obligation d’arranger le différend entre M. Baller, représentant l’école, et la corporation professionnelle. En même temps, il « mit à pied » le responsable de la sécurité, du moins en ce qui concernait mon projet.

A l’origine, la présidente avait donné avec joie son accord à mon projet parce qu’elle avait toujours désiré voir coopérer les domaines Architecture et Arts Libéraux, jadis brouillés. Mon projet empiétait sur tous les domaines. Cependant, lorsqu’elle constata que le contrôle lui échappait dans une certaine mesure elle voulut faire immédiatement démonter l’escalier. A deux reprises, elle me menaça d’engager à mes frais une équipe professionnelle de démontage. Chaque fois, je parvins à éviter la démolition.

Ce travail « politique » - souvent je dépêchais une personne auprès d’une autre pour endiguer le danger d’arrêt des travaux - fut beaucoup plus épuisant que le travail manuel. En l’espace de trois mois, je pus finir la construction de l’escalier.

Un artifice souvent utilisé par les étudiants en année de diplôme me permit d’obtenir des sponsors de l’école l’argent que j’utilisai pour la réalisation de mon escalier en tant que travail de fin d’études. Jusqu’au dernier moment, je dissimulai à la présidente que l’escalier était mon oeuvre de diplôme. Une entrave au règlement intérieur sans laquelle je n’aurais jamais pu réaliser ce travail et qui sema la confusion (cf. correspondance entre moi et la présidente). Une idée spéciale d’utilisation durant les mois suivant son installation rendit possible que l’escalier reste cinq mois complets en place et prenne peu à peu des allures plus quotidiennes. Cette idée d’utilisation était redevable entre autres à une boule de démolition imaginaire et allait se révéler une importante expérience de travail. J’invitai une troupe de théâtre de sourds de Hambourg, le Visuel Theater Hamburg, à jouer sur l’escalier une pièce de leur choix dans une mise en scène exclusivement déterminée par eux. Les acteurs acceptèrent et nous reçûmes de l’argent de l’Office de la culture de la Ville de Hambourg pour les gages et la documentation filmée. Je voulais attirer des artistes extérieurs à l’école qui parlaient un discours radicalement différent. La langue des signes me parut être un médium symbolisant, de même que l’escalier, un monde parallèle. De plus, les fortes déclivités de l’escalier rappelaient l’architecture des décors de films expressionnistes des années vingt et présenteraient probablement un arrièreplan adéquat à la mimique excessive des acteurs sourds. Au cours de l’exposition annuelle de l’école, toujours très fréquentée, la troupe représenta en silence une pièce de Heiner Müller traduite en langue des signes. Elle passa inaperçue de beaucoup de visiteurs car inaudible. Telle un monde parallèle clandestin que tout le monde pouvait voir, pourtant.

Infratecture 4

En conclusion, je voudrais dire que l’introduction progressive d’une architecture dérangeante jusqu’au point d’une utilisation de plus en plus quotidienne représente mon principal intérêt. Je me suis éreintée au travail en me cognant aux structures de l’école. Ce projet n’a été réalisable, également du point vue financier, que dans le cadre protecteur de mon appartenance à l’école et parce que j’avais pu gagner beaucoup de gens à ma cause. Dorénavant je pouvais montrer un précédent prouvant la faisabilité d’une intervention architecturale, même si elle enfreignait beaucoup de normes de construction. Chaque nouvelle architecture dérangeante demanderait une autre stratégie faite sur mesure pour elle. Les expertises de faisabilité du professeur de statique Pichler faisaient partie de cette stratégie. J’ai joint à cette publication une de ces expertises dans laquelle il est question d’une intervention architecturale dans la station de métro Berlin-Alexanderplatz.

La réussite de mon prochain projet dépendra de ma perspicacité à atteindre et toucher le niveau de pouvoir décisif. Dans le cas de l’escalier, il était indispensable de comprendre les rouages de l’administration de l’école et de relier tous les acteurs en mon sens les uns aux autres. J’ai fait en somme du lobbying basé sur ma connaissance particulière du milieu. Et je me suis entraînée pour « dehors ». Cela suffira-t-il ?

L’escalier est pour moi la concrétisation d’une utopie. Il a perdu le statut de maquette et se mesure concrètement et symboliquement avec les exigences du terrain, et cela à l’échelle 1 : 1. Décrété outil de questionnement pour l’analyse d’un manque, il pose la question de savoir si, partant du manque, de nouvelles inventions sont possibles dont je ne peux en aucun cas être le seul et unique auteur. Il crée un espace social, condition préalable à la genèse de nouvelles ébauches. Mon architecture dérangeante se présente en principe sous la forme d’installations temporaires. Le plus souvent, elles paraissent énormes et ont pour fonction d’influer sur des structures figées au lieu de se figer elles-mêmes en monuments. Leur mode de construction provisoire plaide pour elles, elles se servent les techniques conventionnelles de construction comme d’accessoires et ne se ferment pas aux prescriptions de sécurité mais les dépassent. Un exemple concret en est la balustrade de l’escalier. Les barreaux ne devaient pas être écartés de plus de 12 cm sinon une tête d’enfant pouvait passer à travers et tout l’enfant à la suite. En réponse, j’ai construit une balustrade hachurée, visuellement comprimée. La forme primitive de l’escalier était ainsi allongée en hauteur et mettait en évidence pour le visiteur le parcours de l’escalier, elle servait donc aussi à l’orientation. Je trouverais très intéressant de revoir cette installation montée et utilisée au seul endroit adéquat pour elle pour une durée d’environ deux ans. On pourrait observer des changements dans l’utilisation quotidienne de cette construction qui amèneraient peut-être à tirer des conclusions permettant l’amélioration d’architectures dérangeantes ultérieures. En tout premier lieu cependant, on pourrait observer au cours du temps l’évolution ou l’immobilisation de la manière dont il serait quotidiennement utilisé. Mais jusqu’à présent, l’école s‘est opposée avec véhémence à sa reconstruction. Le remontage de l’escalier pourrait être effectué en deux jours.

Sabine Falk
Hambourg, septembre 2006.

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