ARCHIVES DE LA BIENNALE DE PARIS
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Vers un art sans oeuvre, sans auteur, et sans spectateur, par
Stephen Wright

Pour un catalogue des arts
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Jean-Claude Moineau

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Performer la société, par
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La vie au point de mire, par Suely Rolnik

Amicale de la Biennale de Paris

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1ère Amicale
2e Amicale
3e Amicale
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6e Amicale
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Démarches

Académie du vent
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Cyril Delage-triathlète
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Médicaments
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Thermo-hygrographe
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Third Text
Visualinguistic
Voghchaberd
Y a trop d'artistes!
Ultralab
Ynbk

Annonces 1

Dans l’art contemporain on
trouve de tout, mais en moins
bien qu’ailleurs

Découvrez en vous l’artiste que
vous avez toujours rêvé d’être

I have nothing to show
and I’m showing it

Je vois l’art de plus en plus,
là où ça n’est pas fait exprès

Journée nationale d’abstention de fabrication de produits artistiques
La culture façonne par toutes
ses expressions une pratique
de l’obéissance

L’oeuvre fait écran à l’activité artistique
Participer aux recherches
d’un disparu

Un beau cadre de vie est
l’archétype de l’art du futur

Un art libéré de l’idée de l’art,
ce serait tout un art


Education

Apprendre l’histoire de l’art
à partir de silhouettes d’artistes

Ateliers de dessins
inaccessibles au regard

Recherches sur la visibilité
pour les non-voyants


Etudes

Etude sur la reconversion
du monde de l'art


Annonces 2

Agencement d’art
Achetez votre électricité
Accord juridique entre 2 parties
Appel à l'unité du Liban
Appel à candidatures Précaritas
Déclaration formelle d'existance
Désuétudes
Foyer des auteurs émergents
Insertions dans la presse
Jeu de société
Publicités
Recherche complices
Re-introduction du goût dans l’art
Supplément d’oeuvre

Compétences et incompétences

Compétences
Incompétences
Mutualisation des incompétences

Produits

Bière spéciale coupée à l’eau
Bière 8.7
Blanc
Cocktails
Collecteurs excréments de chiens
Confetti
Conservateur liquide universel
Eau du robinet au naturel
Extincteurs
Fontaine
Fantômes
Hygromètres
Isoloirs pour téléphones mobiles
Le diable
Les Marcel’s
Objets Dériviants
Oca-Ola
Outillage
Miel Béton
Tee-shirt XLs
Revaloriser les produits degradés

Services

Annulation d’espaces
Buffets de vernissages
Chargeur de téléphone portable
Contrats prévoyances obsèques
Déménagements
Destruction de lieux d’exposition
Déplacement d’oeuvres
Immortaliser votre amour
Inventaire des moins visibles
Locations de chaises de toile
Mesure de la qualité de vie
Motifs décoratifs
Nettoyage et entretien
Organiseur
Peinture en bâtiment
Piscines
Simulacres d’oeuvres nocifs
Superfiltre de perception
Transport de courrier à pied
Travaux de bâtiment
Un jeu de cartes
Visualisations des idées

Incompatibles

« Vous pouvez m’acheter un bonnet en tant que multiple à la condition suivante : la couleur ne doit pas vous plaire. Il y aura toujours plusieurs bonnets qui ne vous iront pas vraiment. Vous devrez choisir entre ceux-là. Si aucun des bonnets ici présents ne vous plaît nous détermineront à l’aide d’une palette de couleurs celle qui entre en ligne de compte. Je réaliserai alors pour vous un bonnet sous forme de multiple. » Ainsi était libellé le texte accompagnant ma présentation de bonnets en juin 2006 à Hambourg, à l’occasion de ma participation à l’exposition de Michel Chevalier « unlimited liability ». L’idée de Chevalier prévoyait de vendre des multiples à des conditions complètement différentes des conditions habituelles sur le marché de l’art. C’était une tentative de contre-scénario des pratiques courantes en rapport avec le commerce des objets d’art. Chez moi, les visiteurs pouvaient s’exercer à intégrer quelque chose qui ne leur allait pas. Quel effet cela fait-il de se rendre incongru parce qu’on est amené à déranger son propre
« habitus » ? Depuis des siècles, le bonnet est un signal social.

On trouve dans toutes les langues des locutions contenant le mot bonnet parce qu’il a toujours été un élément vestimentaire. Une approche de localisation sociale du porteur de bonnet résulte de sa comparaison avec le porteur de chapeau. Un chapeau élève son porteur, il le fait littéralement grandir. D’un point de vue « rituel », le chapeau est le symbole des seigneurs et des puissants. Le bonnet, au contraire, signalise le bas peuple. Pas de prise de la Bastille sans bonnet phrygien qui - après le triomphe de la révolution - fut très vite retiré de la circulation par les nouveaux gouvernants. Les symboles de l’insurrection ne sont plus de mise quand les insurgés eux-mêmes sont au pouvoir.

Les visiteurs de l’exposition cherchaient puis essayaient tout d’abord les bonnets qui leur allaient. Il était ainsi plus simple de sélectionner ensuite les couleurs qui ne leur allaient pas. Le tout était présenté comme petite expérimentation légère sur soi même. Les réactions furent fortes et spontanées. Au choc suivait le rire. Il s’agissait de supporter consciemment d’être
« pour ainsi dire incongru ».

Quel signal est-ce que j’émets, socialement parlant, lorsque je porte consciemment quelque chose qui ne me va pas ? Cette incongruité va-t-elle s’émousser avec le temps ou va-t-elle demeurer ? Peut-on faire aller ce qui ne va pas ? N’en a t-il pas toujours été ainsi avec les vêtements qui nous ont été imposés et qui ne nous allaient pas au début parce que nous n’y étions pas habitués ? Ne suis-je pas continuellement contraint(e) d’effectuer un ajustage entre moi et ce que je porte sur (en) moi ?

Notre propre « habitus » est dérangé et nous essayons de le supporter. Le jeu des bonnets commence comme un plaisir et finit sans plaisir. Il n’y a pas de remise de prix pour la laideur. Même quand le bonnet se transforme en bonnet de fou. L’installation des bonnets met consciemment en scène une situation pragmatique de vente de marchandises. Nous connaissons tous ces limites quotidiennes au cours de nos achats. Soit nous n’avons pas assez d’argent pour ce qui nous plaît le plus, soit le vêtement n’existe pas dans la taille ou la couleur qui nous va. Nous tentons alors entre deux maux de choisir le moindre. Nos tentatives s’orientent de ce qui ne va pas vers ce qui va plutôt. Dans le jeu des bonnets, cette orientation est inversée en ce sens que seuls les bonnets qui vont le moins sont à vendre à la fin. C’est impertinent et quelque peu sadique. Le fétichisme de la marchandise en est légèrement troublé. Ne pourrionsnous pas profiter de ce qui ne nous va pas dans notre propre « habitus », nous entraîner à l’indocilité ? Mais si l’image que nous nous faisons de nous même en était dérangée ! à ce prix on a l’occasion de devenir propriétaire d’un objet d’art. D’habitude, on recherche l’approbation d’un tiers du genre : oui, c’est bien toi ! Là, un élément irritant et pas très facile à accepter entre en jeu tout en élargissant, d’un autre côté, les possibilités individuelles de l’habillement. La décision de savoir ce qui ne va pas à quelqu’un a lieu dans le cadre de l’installation, toujours en commun. Le porteur/la porteuse de bonnet et un tiers, gardien du principe, doivent négocier et tomber sur un avis commun. Il n’existe pas de critère définitivement fixé qui définit ce qui va et ce qui ne va pas à quelqu’un. C’est uniquement dans l’interaction et le dialogue intérieur qu’une sélection peut être effectuée, c’est à dire dans la communication avec soi-même et en même temps avec un tiers. Le surmoi affirme son influence et, de toute évidence, on ne peut pas le prendre au dépourvu. Comment s’offre l’unique possibilité de l’affirmation de soi (habituelle) ? Vous avez déjà deviné ? à l’époque, je n’ai vendu qu’un seul bonnet. Il est vrai qu’à ce moment-là, à Hambourg, il faisait une chaleur tellement torride que les bonnets, dont la fonction initiale est de tenir chaud, étaient d’autant plus « incongrus ».

Sabine Falk. Hambourg, septembre 2006

Incompatibles
Les bonnets de Sabine Falk - faits main - peuvent être achetés à la
condition suivante : la couleur ne doit pas vous convenir.
unlimited liability. Hambourg, 2006.
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