ARCHIVES DE LA BIENNALE DE PARIS
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Généralités

Partenaires
Dates et lieux
Conférence de presse
Catalogue
Agenda

Textes

Vers un art sans oeuvre, sans auteur, et sans spectateur, par
Stephen Wright

Pour un catalogue des arts
réputés illégitimes, par
Jean-Claude Moineau

Six points d'informations, par
Marie-Pierre Bathany

Performer la société, par
François Deck

Archiver la disparition, par
Alexander Koch

Emancipation, par Brian Holmes
Un manifeste hacker, par McEnzie Wark
La vie au point de mire, par Suely Rolnik

Amicale de la Biennale de Paris

Texte d'introduction, par Jean-Baptiste Farkas
1ère Amicale
2e Amicale
3e Amicale
4e Amicale
5e Amicale
6e Amicale
7e Amicale
8e Amicale
9e Amicale

Démarches

Académie du vent
Agence
Association A-R
Agendas Espaces
Au Travail
Au bout du plongeoir
Bourse du Travail Parallèle
Courants Faibles
Cyril Delage-triathlète
Expertises réciproques
Fondation Rosario Almara
Gang of Cupidon
Glitch
Guide des Buffets de Vernissage
Journée Libanaise du Taboulé
Infratecture
Il paraît que
Ikhéaservices

Incompatibles
International Benjamin Kit
L'art est l'entreprise
La Bergerie
Le Révérend Billy
Les Somnatistes
Name Diffusion
Madame Duplok
Médicaments
Mercado Ley
Microcollection
Musée des nuages
Mutuelle Ermut
Offre de temps de chômage
Ostsa
Paul-coureur de fond
Pinxit LM
Précaritas
Public Globality Gardens
Qantador
Que reste-t-il de Florian
Rencontre Service
Rue de la Gare
Saint-Thomas l’Imposteur
Soussan Ltd
Stratégies et Méthodes TB
Syndicat d'initiatives
Target Autononpop
That’s Painting Productions
Thermo-hygrographe
The Yesmen
The real world
Third Text
Visualinguistic
Voghchaberd
Y a trop d'artistes!
Ultralab
Ynbk

Annonces 1

Dans l’art contemporain on
trouve de tout, mais en moins
bien qu’ailleurs

Découvrez en vous l’artiste que
vous avez toujours rêvé d’être

I have nothing to show
and I’m showing it

Je vois l’art de plus en plus,
là où ça n’est pas fait exprès

Journée nationale d’abstention de fabrication de produits artistiques
La culture façonne par toutes
ses expressions une pratique
de l’obéissance

L’oeuvre fait écran à l’activité artistique
Participer aux recherches
d’un disparu

Un beau cadre de vie est
l’archétype de l’art du futur

Un art libéré de l’idée de l’art,
ce serait tout un art


Education

Apprendre l’histoire de l’art
à partir de silhouettes d’artistes

Ateliers de dessins
inaccessibles au regard

Recherches sur la visibilité
pour les non-voyants


Etudes

Etude sur la reconversion
du monde de l'art


Annonces 2

Agencement d’art
Achetez votre électricité
Accord juridique entre 2 parties
Appel à l'unité du Liban
Appel à candidatures Précaritas
Déclaration formelle d'existance
Désuétudes
Foyer des auteurs émergents
Insertions dans la presse
Jeu de société
Publicités
Recherche complices
Re-introduction du goût dans l’art
Supplément d’oeuvre

Compétences et incompétences

Compétences
Incompétences
Mutualisation des incompétences

Produits

Bière spéciale coupée à l’eau
Bière 8.7
Blanc
Cocktails
Collecteurs excréments de chiens
Confetti
Conservateur liquide universel
Eau du robinet au naturel
Extincteurs
Fontaine
Fantômes
Hygromètres
Isoloirs pour téléphones mobiles
Le diable
Les Marcel’s
Objets Dériviants
Oca-Ola
Outillage
Miel Béton
Tee-shirt XLs
Revaloriser les produits degradés

Services

Annulation d’espaces
Buffets de vernissages
Chargeur de téléphone portable
Contrats prévoyances obsèques
Déménagements
Destruction de lieux d’exposition
Déplacement d’oeuvres
Immortaliser votre amour
Inventaire des moins visibles
Locations de chaises de toile
Mesure de la qualité de vie
Motifs décoratifs
Nettoyage et entretien
Organiseur
Peinture en bâtiment
Piscines
Simulacres d’oeuvres nocifs
Superfiltre de perception
Transport de courrier à pied
Travaux de bâtiment
Un jeu de cartes
Visualisations des idées

Ikhéaservices

Des modes d'emploi et des passages à l'acte

C’est parce qu’elle est perpétuellement remise au travail par ordre de la réalité que la pratique artistique me semble être par nature davantage prédisposée à décevoir que la théorie. Raison pour laquelle les exposés des artistes invités à l’occasion d’un colloque représentent souvent la partie faible (mais nécessaire) de rencontres interdisciplinaires. Faible : parce que toute pratique vivante ne saurait être autrement qu’en recherche. Elle tâtonne, même dans les cas où elle est pertinente. Nécessaire : parce que la pratique artistique (surtout quand elle est volontairement conçue comme peu ou pas artistique) doit rester le lieu privilégié de l’expérimentation véritable, c’est à dire de la mise au pied du mur de tous les points de vue spéculatifs, surtout si ceux-ci, en matière d’art, prétendent à l’objectivité.

Propositions

Pour moi, c’est premièrement dans la vie que l’on vit que l’art doit avoir lieu et importer. L’art prestataire - tel que je le pratique au travers d’IKHÉA©SERVICES (1) - désire donc agir sur le réel avant d’agir sur l’art. À l’oeuvre marchandise belle et neutralisée, il oppose une méthode de travail à plusieurs bâtie sur un imprévu radical. Son objectif : « …rompre l’enchaînement des actions efficaces. ».

Détail

Il y a vie, création de vie, quand l’oeuvre est proposée sous forme de potentiel (2) et non de résultat. L’artiste(3), c’est celui qui soigne son point de départ (4) : il s’adresse à un public désireux de lui prêter main forte. Sa méthode de travail : les modes d’emplois (5). Ce parti pris mine le statut d’ « auteur-créateur-incréé » : dans ce type d’art, l’autre aussi doit avoir une part. C’est premièrement dans la vie que l’on vit que l’art doit avoir lieu et importer : générer une action perturbatrice hors du champ dédié à l’art ou encore se consacrer, par l’art, à la vie que l’on vit plutôt qu’à l’art (6). Je m’appuie ici sur trois postures intellectuelles qui ont pour moi renouvelé le débat concernant le comment et le pour qui de la production artistique :

Allan Kaprow et son concept d’« Unartist » : une oeuvre ne cherche par nécessairement le regard. L’art est pour soi (7). Pensée d’une portée immense puisqu’elle éloigne tous les problèmes liés à la visibilité de l’art et brise sauvagement les liens de dépendance (de tous temps jugés nécessaires) que l’artiste entretient avec une « scène », un milieu de l’art etc.. Le pas est irréversible : dès lors que l’on apprivoise cette idée, l’artiste qui travaille chez lui sur le temps qu’il prend pour se brosser les dents ou qui projette de nettoyer le sol d’une voisine avec sa salive méritera autant notre estime que celui qui remplit emphatiquement les salles d’un musée de renom. Le Situationnisme et son concept d’ « activation de la vie quotidienne » (8) : il n’est plus question d’être producteur d’objets d’art à proprement parler. Le travail d’art travaille (perturbe et redécoupe) le monde environnant, la vie quotidienne. Cette attitude corrective me semble avoir connu un regain (sous une forme violemment dépolitisée), à la fin des années quatre-vingt-dix, quand la célèbre remarque de Douglas Huebler (9) a été abondamment citée (avec ou sans raison) : « Le monde est rempli d’objets plus ou moins intéressants ; je ne souhaite pas en ajouter un seul ». Gustav Metzger et son concept d’« Autodestructive art » (10)
(« Society is deteriorating, so is the sculpture. »). Soit : repenser l’acte créateur sous l’angle de la dépense, de l’usure et de la destruction. Antipodes de l’art. « Ne pas » (rétention), c’est aussi de l’art (pour rendre hommage à Herman Melville, j’appelle cette attitude le bARTlebysme : art would prefer not to!) (11).

L’art prestataire est un modèle en développement. Il doit être distingué de la performance (dans sa phase actuelle déliquescente) qui entraîne avec elle une nécessaire théâtralisation notamment parce qu’elle privilégie les effets de style les plus aptes à se répercuter efficacement sur nos symboles (12). Au contraire de celle-ci, la prestation cherche à s’inscrire dans le cours du monde. La prestation en art, cherche à passer à l’acte. La prestation, en art, cherche à commettre de l’art. Quelques Tactikhéas : occire le lieu d’exposition ou le dévoyer par l’humour, opérer dans la vie ordinaire sans tenter de la conquérir (13), nuire à toute réalité imposée, produire un mode d’expression occupé en son centre par une absence d’objets d’art que chacun pourra, s’il le souhaite, doter de sa notion singulière de ce qu’est l’art, « passer du grand art à un bel art de vivre » (14). L’art prestataire est-il un modèle viable ? Mis à l’épreuve du réel, IKHÉA©SERVICES ne va pas sans ratés. Le fait que les clés d’une indépendance financière soient encore insaisissables contraint la prestation en art à composer quotidiennement avec une économie « attardée » (15) qui, parce qu’elle s’articule sur la marchandise (les objets d’art), lui est mal ajustée. Comme cette économie modèle la création et « l’oblige » de multiples façons, la prestation en art - qui poursuit d’autres buts - ne peut être autrement que braconnière : elle consiste dans des interstices, souvent invisiblement. Faisons de cette sanction accomplie par voie économique une opportunité (16). Celle de méfaire loin de l’Histoire, en toute tranquillité. Car la prestation en art est d’autant plus agissante qu’elle est excentrique. Elle triomphe à chaque fois qu’elle s’offre à nous comme une éventualité pour laquelle on optera librement (17). Tandis que si celle-ci devenait un jour un standard, il faudra alors produire d’interminables efforts consistant, pour le prestataire, à rappeler que fournir souhaite « rendre service » et non « se mettre au service » (18). Enfin, il me semble qu’on ne saurait assez s’interroger sur la dimension politique de ces manières de faire (19). Au coeur de l’art prestataire doit vivre une intention. Voici cinq modes d’emploi IKHÉA©SERVICES : L’Annulation d’espaces : conçu initialement pour l’habitat, ce service soustractif consiste à ôter un certain nombre de mètres carrés d’espace vital à son commanditaire. Par extension : saisie temporaire d’un espace (physique ou virtuel) désigné par le commanditaire du service. Atelier H.S. : atelier de destruction d’objets. L’objet apporté est détruit selon un rituel imaginé par son propriétaire. Upgrade (20) : action conçue dans le but d’accroître la valeur (réelle ou fantasmée) d’une chose, d’un état ou d’un contexte. Mentir (21): mentir délibérément. On aura recours à ce service chaque fois que se fait sentir le risque d’une quelconque aliénation. « …rompre l’enchaînement des actions efficaces. » - pour moi la pratique de l’art doit questionner, en vue de les problématiser, les notions que sont l’artiste, l’oeuvre, le lieu de sa monstration etc.. Mais cet « art-sabotage » ne sera réellement satisfaisant que lorsqu’il saura entrer en collision avec le réel pour de bon et qu’il ne se contentera plus d’être en partie une illusion. Ce qui n’est pas encore le cas. En attendant l’avènement de cet état de grâce, travaillons - confidentiellement - à briser la routine : ce qui nous frappe nous fait penser.

Jean-Baptiste Farkas




Notes

1. Le lecteur pourra trouver l’énoncé intégral du projet IKHÉA©SERVICES dans le manuel du même nom publié en 2004 par les éditions Zédélé : zedele@wanadoo.fr

2. Lors d’une conférence également organisée dans le cadre de la XVe Biennale de Paris, il m’a semblé voir François Deck et Stephen Wright remplacer la notion de « potentiel » par celle de « compétence ». C’est une idée très puissante !

3. Je n’utilise ce mot qu’en grinçant des dents.

4. « L’art meurt… » de ce que nous sommes en permanence tentés de le river (artificiellement) à un point d’arrivée.

5. The big winner is: Laurence Weiner!

6. « L’art doit-il être artistique ? » (Ghislain Mollet-Viéville) : voici une manière tout aussi sauvage d’aborder ces grandes questions ! Pour en savoir plus sur ce que quelques uns d’entre nous appellent « opérer dans la réalité », voir mon introduction à l’Amicale de la Biennale de Paris reproduite dans ce catalogue.

7. La formule fait un peu « Hegel au rabais », désolé ! Rappelons ici qu’on doit à ce « monstre » quelques phrases que tout perturbateur digne de ce nom devrait apprendre par coeur : « […] l’Esprit est lui-même tel qu’il dissout tout contenu déterminé. Il est l’Universel, l’Illimité, la Forme intérieure infinie qui élimine tout ce qui est limité. « (La raison dans l’histoire, 10/18, page 208, chapitre intitulé « Le sens de l’évolution »).

8. Voir le recueil qui restitue, dans l’ordre de leur parution, l’intégralité des publications de l’Internationale Situationniste (Librairie Arthème Fayard). Figurant très tôt parmi les objectifs artistiques du groupe, le projet « d’étudier la vie quotidienne en vue de la transformer » (1961) me semble être, avec le « détournement » (Debord et Wolman, 1956), l’invention la plus remarquable de ce collectif… et la moins pratiquée !

9. Cette phrase mythique de Douglas Huebler daterait de 1968. Elle orne un texte de Robert Nickas intitulé « L’entropie et les nouveaux objets » figurant dans le recueil best-seller du même auteur intitulé Vivre libre ou mourir, Les presses du réel, 2000.

10. Gustav Metzger, Damaged Nature, Auto-destructive art, Coracle Press, 1996. Un livre immense.

11. J’aimerais ici également attirer l’attention sur L’inventaire des destructions d’Éric Watier (Éditions Incertain Sens, 2000, figurant également dans Bloc, Zédélé éditions, 2005). S’intéresser à l’artiste, c’est aussi s’intéresser à ce qu’il détruit.

12. La performance dans sa forme actuelle (théâtralisée), bien qu’immatérielle, fait bien sûr également partie pour moi du nombre des vieilleries qui empêchent une fois pour toutes que « tout de la vie nous soit ouvert » (Allan Kaprow). Par comparaison, une oeuvre comme Établir le désordre d’André Cadere (version de 1977) me semble être un bon exemple de réalisation qui renonce à la mise en scène (et à son symbolisme) pour tenter de s’introduire dans la réalité. Cette oeuvre fait coïncider une intention active (qui aura des conséquences réelles, ici un désir d’entropie) et une situation spécifique (une réunion dans un appartement) dans le but d’accéder à ce que je n’arrive pas mieux à nommer ici qu’une « vérité ». Ça, c’est un vrai début !

13. « La nature de la liberté est qu’elle résiste à la conquête et à l’oppression ; conséquemment elle doit être passive. La liberté qui conquiert doit se corrompre ; j’ai tout dit. », a si pertinemment noté le galopin sanglant, Saint-Just, dans L’esprit de la révolution (10/18, 2003), quelques mois avant d’offrir sa peau à la guillotine !

14. Cette belle pensée est de nouveau de Ghislain Mollet-Viéville (King Ghislain), notre peu-maître ou pas-maître à tous !

15. Je parle du modèle économique hérité du 19e siècle ayant toujours la tête d’affiche dans le marché de l’art sans que personne ne s’en étonne.

16. Il y a de l’avenir dans le « peu d’art » ou le « pas d’art ». Pour en savoir plus : biennaledeparis.org

17. Adieu Culture ! Merci Francesco Masci.

18. « Rendre service » et non « se mettre au service », j’ai emprunté cette opposition très imagée à François Deck. Quant à « rendre service », je propose ici une interprétation très large de cette locution.

19. « Tout se passe en effet comme si le rétrécissement de l’espace public et l’effacement de l’inventivité politique au temps du consensus donnaient aux mini-démonstrations des artistes, à leurs collections d’objets et de traces, à leurs dispositifs d’interaction, provocations in situ ou autres, une fonction de politique substitutive. Savoir si ces « substitutions » peuvent recomposer des espaces politiques ou si elles doivent se contenter de les parodier est assurément une des questions du présent. » Jacques Rancière, Malaise dans l’esthétique, Galilée, 2005, P.84.

20. C’est Sloan Leblanc qui a, en 2002, créé le mode d’emploi de ce service qui possède déjà une longue histoire !

21. Le mode d’emploi de ce service a été conçu par Marc Vaudey en 2006.

Les modes d'emploi
 


IKH(S).N°1

Alcools intervertis : « Attention, ça va faire mal ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS OU À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d'emploi : aucune des boissons servies lors d'une réception, d'un vernissage ou d'une fête n'est contenue dans sa bouteille d'origine, elles ont été « interverties ». Une pénombre bien gérée et des serveurs indifférents aux réprobations apporteront le crédit nécessaire à cette réalisation pouvant instantanément faire d' « un Pastis®, s'il vous plaît ! » un véritable cauchemar: un Malibu® délayé au vin rouge.

Remarques : un spécimen de chaque alcool au minimum doit être représenté dans le bar arrangé pour que la réalisation de ce service soit d'un niveau admissible. Quel alcool transférer dans quelle bouteille ? Laissons ces décisions au hasard ! Faut-il recréer un ordre parmi les marques ? Inutile, ce service est d'autant plus efficace qu'il ne suit aucun programme. Contentez-vous de servir l'alcool qui vous a été demandé comme s'il était encore contenu dans sa véritable bouteille ! Contre de prévisibles agressions de consommateurs dépités par tant de confusion, blanchissez-vous en signalant la présence d'un avis sur lequel on lira : « À vos risques et périls ! » Déterminer si ces consommations d'un nouveau type sont payantes ou gratuites revient aux réalisateurs du service.

Parentés : le « cercueil » (une tournée générale faite avec les fonds de bouteilles mélangés) ; la roulette.

© Roger Roustan, © Denis Prunier, © IKHÉA 2001

Voir IKH02.



IKH(S).N°2

Bour : « La nature n'aime pas le vide ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS OU À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d'emploi : encombrement de 1 à 100% d'un espace de vie par accumulation d'objets. L'obstruction totale (provisoire ou définitive) de cet espace est le but recherché.

Remarques : il faudra compter deux à trois semaines de labeur acharné pour « faire le plein » de manière satisfaisante dans un appartement de taille moyenne. Indispensable : lieu à garnir ; équipe cohérente et entraînée.

Parentés : "Beware the Blob!" de Larry Hagman et Jack Woods.

© IKHÉA 2000



IKH(S).N°3

G.L.U. : « Faîtes boulette ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS

Mode d'emploi : un amas (ou « boulette ») fabriqué par assemblage de tous les objets appartenant au commanditaire du service.

Remarques : les objets seront assemblés au moyen d'un film plastique étirable après avoir été réunis dans leur intégralité. Dois-je faire une sélection parmi les biens et les objets ? Surtout pas, tout doit y passer ! Pour les puristes, notons ici qu'une technique de réalisation du service plus franche peut être envisagée (le Pudding) : on remplace le film étirable par de la résine Epoxi®.

Parentés : le « couper-coller ».

© IKHÉA 2001

Voir IKH01 (version démo)
Titre antérieur : KRISTO®.



IKH(S).N°4

L'annulation d'espaces : « Qui peut le plus peut le moins ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS OU À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d'emploi : conçu initialement pour l'habitat, ce service soustractif consiste à ôter un certain nombre de mètres carrés d'espace vital à son commanditaire. Par extension : saisie temporaire d'un espace (physique ou virtuel) désigné par le commanditaire du service.

Remarques : s'agit-il vraiment d'annulations ? Plusieurs personnes ont, à juste titre, suggéré que le mot annulation, parce qu'impropre à définir précisément l'opération consistant à supprimer des m² d'espace de vie, ne pouvait être utilisé dans ce cas : « Un espace privé de sa fonction ou vidé de son contenu n'est pas annulé pour l'oeil ». Il aurait été cependant délicat de trouver des commanditaires motivés par la réalisation de ce service s'il s'était intitulé « réquisition » ou « confiscation » d'espaces! De plus, le mot « annulation », souple et contagieux, s'est prêté d'avantage au désir d'expérimenter. Tandis que les premières commandes d'annulations concernaient des espaces réels qu'il s'agissait de désigner par un adhésif, il a été question en majorité d'espaces imaginaires dans les suivantes. En se libérant de la règle initiale et des contraintes formelles qu'elle supposait, les commanditaires du service ont souvent fait un choix d'annulation subjectif (et discutable) mais capable de créer de réels enjeux.

Quelques contrats :

[N°1] Annulation des locaux de stockage du lieu d'exposition AlaPlage. Extension négociée : objets, archives originellement stockés à cet endroit ont été déménagés dans la partie dédiée à l'exposition et livrés au regard du public lors du premier vernissage.

[N°5] Disposer une bande d'annulation qui traverse la porte d'entrée de l'appartement du
commanditaire en son centre, l'obligeant ainsi à passer au-dessous ou au-dessus de celle-ci pour pénétrer chez lui : « Quelques centimètres de ruban adhésif qui vont perturber l'usage traditionnel de la porte d'entrée de l'appartement que je loue depuis plusieurs années. Présence qui, accessoirement, a intrigué ma voisine qui, prenant le ruban pour des scellés, a cru qu'il m'était arrivé quelque chose de grave et a alerté ma famille. Ce qui ne contredit pas la dimension juridique de tout cela ! »

[N°8] Annulation intégrale d'une porte d'entrée. Extension négociée : la nécessaire implication d'un tiers qui, non concerné par cette annulation, franchira la porte condamnée plusieurs fois par jour pour ouvrir et fermer la fenêtre de l'appartement afin de permettre au commanditaire d'aller travailler. « J'ai omis dans mes précédents mails de décrire cette impression tout à fait paradoxale de « rentrer chez soi par effraction », ressentie le dernier soir en passant par la fenêtre. En y réfléchissant on peut dire que notre propre espace habité est a priori un lieu légitime, que l'on « possède » et qui ne demande pas justification pour y entrer. Le fait de passer par la fenêtre annule ce sentiment de « possession » de l'espace et donne l'impression de rentrer en force chez soi. Étrange sensation ! »

[N°9] Annulation de l'action d'annuler : mainmise sur l'annuleur et confiscation de son matériel. Extension négociée : les nouveaux projets d'annulations doivent désormais être traités avec
« l'annuleur d'annuleurs » qui prend en charge, sur le lieu même du kidnapping, la réception du public.

[N°11] Annulation de l'activité d'un chantier. Extensions négociées : annulation des nombreux outils et matériaux contenus dans la zone sélectionnée ; annulation du téléviseur, élément complémentaire de l'activité du chantier ; le commanditaire du service a documenté quelques jours de vacances occasionnés par cette annulation.

[N°12] Annulation partielle de deux miroirs de salle de bain par brouillage au ruban adhésif : « Annulation perturbant l'idée qu'on se fait de soi-même au travers de son reflet. »

[N°13] Annulation partielle de l'écran d'un téléviseur contraignant le commanditaire à regarder celui-ci pendant une semaine sur une bande d'image de 10 cm de largeur.

[N°18] Annulation d'une exposition un jour et demi avant son terme. Le lieu d'exposition, totalement vide, est paré d'un écriteau sur lequel on lit : « L'exposition continue ! » Extension négociée (« On est vraiment trop salauds avec ces artistes ! ») : les oeuvres remisées peuvent être consultées sur demande.

[N°20] Annulation partielle de la cour de l'Ecole des Beaux-arts de Toulouse servant de parc de stationnement automobile. Projet abandonné en cours de réalisation. « Nous avons un problème par rapport à l'annulation de la cour de l'école. Le concept d'annulation d'espaces a été détourné à des fins politiques municipales : nous sommes au milieu d'un conflit social qui nous dépasse ! Que faire? Annuler ? Ou greffer sur cette annulation une action qui nous laverait de toute implication dans des préoccupations qui ne sont pas les nôtres ? »

[N°22] « Une annulation de plus », adressée à la Trésorerie de Paris, secteur Amendes de transports: « J'ai sollicité l'annulation totale des amendes dont ma compagne, Mlle X et moi-même, sommes redevables. Cette demande à été effectuée par écrit auprès des services compétents vers lesquels vous m'avez dirigé récemment. Vous remerciant par avance pour cette faveur exceptionnelle, veuillez Madame, Monsieur… »

Et encore : annuler un bout de salle de bain incluant une partie de baignoire [N°2] ; disposer deux triangles d'annulation de part et d'autre d'un salon, contrat interrompu un jour avant qu'il expire : « Je n'en peux plus ! » [N°3] ; annuler une étagère de cassettes pour vaincre momentanément sa
dépendance à la musique : « C'est énorme ! » [N°4] ; annuler sa chambre à coucher et partir, durant une semaine, à la recherche de points de chute où dormir dans l'espoir de faire des rencontres [N°10] ; annuler un meuble de travail modulaire en vue de « générer du chaos tout autour » dans un appartement jugé trop vide par son locataire [N°7] ; détourner les scotchs matérialisant une annulation « sculpturale » de grandes dimensions afin d'en faire une aire de jeu pour enfants [N°17]; (se limiter à) faire le constat d'une « annulation naturelle » dans un atelier de sérigraphie [N°15] ; générer, en annulant la porte d'un meuble de rangement, une zone d'espace inexploitable dans une pièce minuscule où presque chaque centimètre est utilisé : « Quel luxe ! » [N°16] ; annuler l'espace à timbrer d'une enveloppe (on peut lire « espace annulé » là où devrait se trouver le timbre) qui sera tout de même libellée puis envoyée [N°21] ; annuler intégralement un studio le jour où l'on y invite des amis de passage à dormir (projet abandonné) ; annuler une moitié d'appartement, « effet couloir » obligeant ses locataires à vivre plusieurs jours dans 7m² [N°19].

Indispensable : espaces réels ou virtuels.

Parentés : "A square removal from a rug in use" de Lawrence Weiner, 1969.

© IKHÉA 2001

Voir SAUVEGARDE N°1
Voir ALaPlage, Forum de l'image 2004, « Duo d'artistes », Toulouse.



IKH(S).N°5

Fight The Power! : « Méthode FTP ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS

Mode d'emploi : extériorisation de tensions réprimées (esprit de révolte, animosité, haine). Le service offre l'assistance nécessaire à cette extirpation.

Remarques : malgré plusieurs apparitions sous forme de titres ou de visuels (SAUVEGARDE N°1, KATALOG KILLER), Fight the power! n'a jamais été réalisé. Texte original (2001) : « Pourquoi rumines-tu sans cesse de mauvaises pensées ? Ton agressivité est une amie qu'il faut apprivoiser Toi aussi, Fight The Power! Vengeance immédiatement assouvie, brutalité librement exprimée, insultes et coups sur commande, consulte-nous ! » Comme « Désobéir » (voir IKH(S).N°20), Fight The Power! accompagne la réalisation d'un exploit : assumer sa colère. Inspirée du coaching pratiqué dans l'entreprise (renforcer son ardeur à faire du business, liquider ses complexes afin d'augmenter sa combativité), la « Méthode FTP » s'en distingue toutefois par son désintéressement. Indispensable : détermination, objectif clairement désigné.

Parentés : Kropotkine ; Léveillé : « Laissez grandir en vous l'esprit de révolte, et avec la Liberté vous deviendrez heureux ! » ; Public Enemy (titre) ; les courants Punk et Hardcore (à Washington vers 1982) ; les Dead Kennedys.

© IKHÉA 2000



IKH(S). N°6

Atelier H.S. : « Inutiles, incommodes, embarrassants ? Confiez-nous les objets auxquels vous désirez mettre fin ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS

Mode d'emploi : atelier de destruction d'objets. L'objet apporté est détruit selon un rituel imaginé par son propriétaire.

Remarques : l'Atelier H.S. convie le public à désemplir son quotidien surchargé. La phase préliminaire consistant à parler du pourquoi (et du comment, véritable moment de réflexion sur le « moins ») de la destruction de l'objet apporté est primordiale. Extrait d'un courrier IKHÉA décrivant la réalisation de l'Atelier H.S. à Nuit Blanche (2003) : « (…) avec les IKHÉA©SERVICES qui ont pour principal objectif de rompre l'enchaînement des actions efficaces, nous nous sommes orientés vers l'idée de « prestations soustractives » s'attaquant ouvertement à la marchandise. Des services qui, parce qu'ils s'exécutent théoriquement sans public (directement chez leur commanditaire et uniquement en présence de celui-ci), devraient permettre à leurs réalisateurs de se passer autant que possible d'intermédiaires (le marché, la scène).

L'Atelier H.S. lors de Nuit Blanche : il consiste à proposer un espace de mise hors service/destruction d'objets de consommation. Pourtant Nuit Blanche (opération culturelle spectaculaire ouverte à un très large public) s'exclut par définition du nombre des circonstances favorables aux réalisations des services énoncées ci-dessus (travailler sans audience, modestement, en lien direct avec un commanditaire). Pour éviter du coup de donner à l'Atelier H.S. l'allure d'une performance, il a fallu être très rigoureux quant à l'attitude à adopter lors de l'exécution du service et rester économe et précis dans l'action de détruire.

Le dispositif : un texte diffusé sous différentes formes et mis en ligne sur le site de la Ville de Paris invite le public potentiel de l'événement à venir nous rencontrer accompagné d'un objet à mettre hors service/à détruire à n'importe quelle heure de la nuit.

Sur place : une équipe composée d'un animateur et de trois assistants (bourreaux), un jeu d'outils élémentaires (scie, masse, tenailles etc.), quelques tables (billots) et une poubelle géante.

Deux détails essentiels concernant l'exécution : sur cette dernière ligne droite qu'est la perte, la dépossession, le propriétaire choisit le scénario de destruction de l'objet qu'il apporte. D'autre part, l'objet détruit ne peut être récupéré, il est obligatoirement jeté.

Rapide aperçu des réactions enregistrées lors de cette réalisation : 1. Une personne X a, avec
beaucoup de pertinence, neutralisé l'Atelier H.S. en disant qu'elle ne possédait que des choses qu'elle utilisait et ne pouvait donc rien nous confier. En effet : trouvant son sens principalement dans l'idée de mettre en lumière l'absurdité du superflu, le projet (faire beaucoup plus de moins) ne pourrait (et ne devrait, au risque de devenir décadent) être mis en oeuvre dans un lieu où l'essentiel manque. Il s'adresse au monde occidental, au monde surchargé. 2. Beaucoup de gens ont désiré garder les objets brisés, brûlés, pensant que, se dépossédant d'un objet de valeur, ils pourraient faire l'acquisition d'une oeuvre d'art. Nous les avons donc découragés : les objets pulvérisés ont tous fini à la poubelle, sans exception. 3. « Et si c'était beau ? » Cherchant à mettre en place des stratégies pouvant neutraliser la dimension esthétique hautement fascinante de la destruction, nous avons minimisé le plus possible l'acte final (ordinaire en somme) et souligné plutôt tout ce qui l'anticipait : le dialogue intime et inédit entrepris avec le propriétaire de l'objet. 4. Comment distinguer cette action du sacrifice ?

Indispensable : une équipe homogène et modérée.

Parentés : Gustav Metzger ; Éric Watier.

© IKHÉA 2002

Voir Nuit Blanche 2003, Paris.



IKH(S).N°7

Bakhlé : « L'apparence suffit bien ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS OU À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d'emploi : la réalisation de ce service consiste premièrement à bâcler ignominieusement un travail représentant un fort enjeu symbolique (oeuvre d'art, plat en sauce, ouvrage de décoration ou d'artisanat). Puis à présenter et à défendre celui-ci publiquement comme s'il était l'aboutissement d'une recherche de longue haleine arrivée à maturité, le fruit d'efforts extrêmes et continus.

Remarques : cette règle du jeu interdit le recours en urgence à un quelconque savoir-faire. Pour façonner le contenu d'une exposition monumentale quarante minutes avant son vernissage sans frémir ou limiter l'exécution d'une blanquette de veau à un quart d'heure, consultez-nous !

Premier texte (2001) : « Bakhlé, l'apparence suffit bien ! Contentez-vous de paraître et d'épater vos amis avec un minimum d'implication personnelle. »

© IKHÉA 2001



IKH(S).N°8

Fott : « Boguez votre espace vital ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS OU À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d'emploi : faire faillir le réel.

Remarques : ce mode d'emploi, toujours en développement, nécessite ici un approfondissement. « Boguer son espace vital » ? C'est à dire mettre intentionnellement son environnement immédiat (et le comportement qu'il induit) à l'envers. Comment s'y prendre ? Tout est permis (on pourra solliciter n'importe quel sens de la perception, on recourra à toutes sortes de méthodes) pour créer des perturbations. Le travail intitulé Mistheck (2001) est un cas de figure qui rend compte de cet état d'esprit. Méthode adoptée - introduire un fait électronique dans la réalité. Description de Mistheck : sa réalisation a consisté en l'émission, dans un lieu public, du signal d'erreur intitulé Cordes (extrait de l'environnement Windows® et en principe limité à celui-ci) de manière quasi imperceptible. Idées ébauchées alors : évoquer un état de dérangement généralisé impossible à relier à une cause précise et donc imparable (la « Touch' » finale) ; mettre son quotidien sous pression (grâce ou à cause de l'irritation provoquée par le signalement répété d'un dysfonctionnement). Alain Domagala à propos de Mistheck : « Cordes est le son de base d'un message diffusé par un PC fonctionnant sous Windows® pour avertir son utilisateur qu'il vient de commettre une mauvaise manipulation ou que le système vient de boguer. Mistheck consiste en la diffusion en continu de cet accord, répété de manière aléatoire. Émis dans l'espace urbain ou domestique, ce dispositif sonore
opère comme un moyen de mise en éveil ou de mise en alerte. »

© Alain Domagala 2001 (Mistheck), © IKHÉA 2003 (Fott)

Voir IKH02 / Voir IKH(S).N°15 : « Corrections à la main du monde qui nous entoure ».



IKH(S).N°9

Intervertir des contenus d'étagères : « Pour une redikhéastribution des biens ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS OU À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d'emploi : ce service consiste à intervertir les contenus d'étagères appartenant à deux personnes souhaitant se prêter à l'expérience. Un contrat détermine la durée de cette interversion et stipule si elle est ou non réversible.

Remarques : ce service attend l'occasion d'être réalisé une première fois.

Précisons ici qu'il autorise l'usage quotidien des objets échangés. On sélectionnera préférablement deux personnes dont le niveau de vie diffère radicalement. Indispensable : électroménager, matériel haute-fidélité et informatique doivent être accompagnés de leurs modes d'emplois.

Parentés : « Vis ma vie ».

© IKHÉA 2002



IKH(S).N°10

Refaire le monde monomatériau : « Il était encore une fois ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS OU À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d'emploi : refaire le monde en carton. La réalisation de ce service consiste soit à dupliquer avec un maximum d'exactitude « les morceaux du monde » que vous nous confierez (prestation soumise au troc), soit à vous fournir l'assistance technique nécessaire vous permettant de les reproduire vous-même. Nous reproduisons l'objet de votre choix : à vous de nous proposer un échange valable en relation ou non avec celui-ci et à la mesure de vos moyens. Porte-feuille et son contenu « en carton » en échange d'une tournée des discothèques ; table de mixage « en carton » contre une provision d'amphétamines ; ustensiles de cuisine « en carton » contre un repas dans un grand restaurant. Vous reproduisez un objet vous-même : nous supervisons vos efforts en vous fournissant une fiche technique et des conseils pratiques.

Remarques : « Je reproduis le monde, mais pas contre n'importe quoi ! »

Parentés : l'échange direct d'un objet contre un autre sans supplément ni retour.

© Sylvie Réno 2001

Voir IKH02.



IKH(S).N°11

Minikhéa : « Vivre ou revivre les grands moments IKHÉA ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS

Mode d'emploi : organisation d'une soirée célébrant « les grands moments IKHÉA ».

Remarques : pour le public familier des soirées auquel cette réalisation se destine, rien ne doit distinguer Minikhéa d'une fête ordinaire. Mais en sous-main, sets musicaux, attractions, éclairage, bar et sécurité seront intégralement régis par « l'entreprise de la faute » : bières « upgradées » ou délayées à l'eau ; mix « Anti », « Frutiloopikhéa » ou « Dunkelheit », petits fours et gros mots « Plâtrée traiteur », animations « FTP » ou « Démolition Studio », décor « Fott », « Annulation d'espaces » ou « Buée d'oignons « , bar « Monomatériau ». En juin 2003, une préminikhéa motivée par des élans plus sournois a fait l'objet de négociations auprès d'une association culturelle organisant des soirées parisiennes. D'abord accepté sur le principe et accompagné d'un budget, le projet a été ensuite revu plusieurs fois à la baisse (mêler Minikhéa à un défilé de mode, faire Minikhéa Discount) avant d'être définitivement écarté.

Indispensable : un projet de soirée accompagné d'un budget incluant le voyage des intervenants Minikhéa.

Parentés : la rumeur ; le cercle ; la secte ; les arts appliqués.

© IKHÉA 2003

Voir SAUVEGARDE N°1.



IKH(S).N°12

Upgrade : « La prestation ascensionnelle ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS OU À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d'emploi : augmenter la teneur en alcool d'une bière de basse qualité. Par extension, action conçue dans le but d'accroître la valeur (réelle ou fantasmée) d'une chose, d'un état ou d'un contexte.

Remarques : c'est d'abord en fabriquant des étiquettes de bouteilles de bière supposées porter la qualité de celle-ci à un plus haut degré (Level 2) que ce service a été créé. Plus récemment, Les augmentations projettent cette fois d' « upgrader » des contextes misérables (cafétérias d'autoroutes, architecture grossière) en y insérant des superlatifs (génial, fantastique).

© Sloan Leblanc 2002 (Upgrade), © IKHÉA (Les augmentations) 2003

Voir IKH03
Voir SAUVEGARDE N°1.



IKH(S).N°13

Remakes : « Plutôt deux fois qu'une ! »

À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d'emploi : s'attribuer ou refaire le travail d'autres artistes sans les citer.

Remarques : pourquoi tant d'ingratitude ? Remaker, c'est redistribuer. À bas la propriété ! Texte original (2001) : « L'originalité est un mirage auquel il ne tient qu'à vous de faire passer un sale quart d'heure ! »

©… 2001

Voir SAUVEGARDE N°1 : "Bodycount"

Autre titre : « J'ai commencé l'art grâce à vous ! »



IKH(S).N°14

Pop-predator : « Moins de Pop, plus de Hardcore ! »

© IKHÉA 2003

Voir SAUVEGARDE N°1
Voir RIEN N° 39 : POP/HARDCORE (2003).



IKH(S).N°15

Corrections à la main du monde qui nous entoure

À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d'emploi : corriger ce qui nous exaspère sans délai.

Remarques : voici, en guise d'exemple de mise en pratique de ce service, le détail concernant l'exécution d'un projet intitulé Arbeiten für Molotov. Bien qu'ayant été réalisé sous d'autres auspices, celui-ci, par sa volonté de faire bégayer le réel, le préfigure. Description : on rebaptise le Molotow (une discothèque située sur la Reeperbahn, à Hambourg) Molotov. Sans que personne le remarque. Cette transformation du W en V est effectuée partout où figure le nom Molotow (enseigne lumineuse, programmes et affiches placardées jusqu'au plafond dans la quasi-totalité de la discothèque).

© IKHÉA 2001

Voir SAUVEGARDE N°1 / "Arbeiten für Molotov", intervention réalisée dans Arbeiten für Molotow, © 12-18, Hambourg 2001.



IKH(S).N°16

SAL : « Faîtes poubelles ! »

© IKHÉA 2000



IKH(S).N°17

La Plâtrée traiteur : « Du must à la louche ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS OU À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d'emploi : mise en place temporaire d'un service de restauration clandestin.

Remarques : La Plâtrée traiteur est la seconde mouture de La Plâtrée, restaurant initialement conçu comme une désobéissance vis-à-vis de l'association (un statut interdisant les profits) dans laquelle il a pris place (voir IKH(S).N°20). Mêmes objectifs : offrir des repas économiques et des boissons coûteuses dans la clandestinité en vue de faire le maximum de bénéfices. Contraintes : 1. Le budget employé à l'achat des denrées qui seront cuisinées ne dépassera pas 10 € pour une tablée de vingt personnes. 2. On fera appel chaque jour à un nouveau cuisinier qui, afin d'honorer sa qualité de traiteur, nommera son plat par une injure. 3. On fera courir une rumeur (« le meilleur et le moins cher ») afin de faire du tort aux restaurants alentours. On fabriquera des affichettes et des tracts (ornés obligatoirement du logotype original La Plâtrée) qui seront abondamment distribués dans les lycées. 4. Après chaque repas (constitué d'un plat unique), les assiettes utilisées seront récupérées sans être lavées (il faudra donc les remplacer pour le repas suivant) et empilées contre un des murs du restaurant. L'idée consistant à tenter, en hommage à Brancusi, le record de la plus haute colonne d'assiettes (170 cm en 2003) qui rappellera, on l'a compris, le nombre de jours vécus dans la clandestinité.

Parentés : Rirkrit Tiravanija ; Sodexo®.

Indispensable : le restaurant doit être opérationnel durant une semaine au minimum.

© Gaël Grivet 2002

Voir « Désobéir »
Voir SAUVEGARDE N°1

Pour obtenir des précisions concernant le décor de La Plâtrée, contactez-nous.



IKH(S).N°18

La destruction du lieu d'exposition : « Un modèle d'exposition par le moins ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS

Mode d'emploi : convertir en rien le budget alloué pour la production d'une exposition.

Remarques : initialement écrit pour GLITCH (2002), La destruction du lieu d'exposition a pris place dans la liste des IKHÉA©SERVICES en 2004. Le service attend toujours d'être accompli une première fois dans sa version intégrale.

Questions : casser, mais pour combien ? C'est seulement après avoir déterminé le nombre précis des dégâts dont la réalisation sera rendue possible par le budget qui nous sera accordé que nous entreprendrons le travail de démolition. Cette étape des « estimations », indispensable à la réalisation de La destruction du lieu d'exposition, consistera à lister les matériaux à racheter (verre, plâtre, béton, bois, ciment, matériel d'éclairage) ainsi qu'à budgétiser le temps de travail nécessaire à l'équipe qui rétablira le lieu d'exposition dans son état d'origine (maçons, électriciens, plombiers, décorateurs). Que verra-t-on dans l'exposition ? Uniquement des dégâts ! L'étape des « réparations », débutant après la fin de l'exposition, ne sera pas montrée au public. Peut-on apporter des améliorations au lieu d'exposition au moment de sa restauration ? Non, l'espace qui nous sera confié sera rénové au plus près de ce qu'il était avant La destruction du lieu d'exposition pour qu'il y ait « dépense ». Peut-on commander La destruction du lieu d'exposition sans vouloir nécessairement tout casser ? Bien entendu ! Nous viendrons aussi pour enfoncer une marche d'escalier, broyer un tonneau de vin rouge ou démolir une moitié de projecteur ! Texte original (2002) : « Rayures de cutter, inondation, explosion au gaz, encoignures défoncées au marteau, carrelage rongé à l'acide, lattes de plancher décollées ou déformées à l'humidité, tout est possible de 100 à 100 000 € ! GLITCH travaille pour toutes les bourses, consultez-nous ! »

Concernant GLITCH [dépôt N°033249969] : « GLITCH est une marque à l'envers dont l'objectif est de mettre en question la valeur par des voies économiques traditionnelles. Son fonctionnement, calqué sur celui d'une entreprise ordinaire, diffère pourtant de celui-ci en un point essentiel : GLITCH produit par soustraction. Outre le travail de recherche concernant la création et la diffusion d'objets de consommation porteurs d'une ou de plusieurs propriétés négatives, GLITCH offre un certain nombre de services de moins qui peuvent être mis en pratique avec l'assistance de leurs commanditaires. »

Indispensable : un projet d'exposition accompagné d'un budget.

© GLITCH 2002, © IKHÉA 2004
Voir GLITCH N°1
Voir RIEN N°23 : « Un modèle d'exposition par le moins »
Voir SAUVEGARDE N°1.



IKH(S).N°19

Démolition Studio : « Les règles de l'art »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS

Mode d'emploi : atelier où l'on déshabille l'art et les artistes.

Remarques : catégories inventées lors de la première édition de l'atelier -
AUTOBIOGRAPHICAL CONCEPTUALISM (SELF REFLEXIVE NARCISISM); BUY
ME, FUCK YOU!; BOURGEOIS IS BACK! (WHY SHOULD ART BE ASCETIC?);
EXOTIC PAYOFF; FOLLOW THE LEADER(S); GUTES GEWISSEN GENERATOREN;
HIGH LEVEL; I'M ALSO A DJ; LIVING ROOM SCALED MINIMALISM; MEIN KÖRPER
IST BESSER ALS MEINE KUNST; MELANCHOLIC DEMATERIALIZATION;
MICROSOFT ASSISTED CONTESTATION; NICE N' SLEAZY (PORNOGRAPHIC
IRONY); STOP MAKING SENSE!; SUPERLATIVE; SURVIVOR; THEORY GRABBER;
TYPECAST; UNTOUCHABLE PUNK; UTOPIA LIGHT; WALM+ART; WE'LL DO GREAT
THINGS TOGETHER! (VAMPIRISM).

Parentés : la taxinomie.

© IKHÉA 2004

Voir "Target Studio", intervention réalisée à l'occasion de Target Autonopop (Michel Chevalier) 2004, Hambourg

Voir SAUVEGARDE N°2.



IKH(S).N°20

« Désobéir »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS

Mode d'emploi : atelier de désobéissance, l'inventaire des non.

Remarques : « Désobéir », érigé en mot d'ordre, est-ce vraiment sérieux ?

Tout à fait ! D'ailleurs, « Désobéir » n'est pas « Désobéissez ! » Il est proposé à l'infinitif afin d'encourager l'appropriation, la conjugaison. L'atelier « Désobéir » sera donc davantage le lieu où l'on invitera quiconque le désire à entrer en réaction avec ce mot (en nous offrant, par exemple, un point de vue personnel sur la désobéissance, l'insoumission, la révolte), que celui où on l'invitera à désobéir sur commande. Ce qui reviendrait à faire de transgressions simulées ou théâtralisées un nouveau type de divertissement. Désobéir et s'interroger sur la désobéissance, n'est-ce pas très différent ? Pas forcément. Réfléchir sur le comment et le pourquoi de sa propre obéissance peut être également une forme de désobéissance si elle tend consciemment vers un gain d'autonomie et nous permet de nous soustraire toujours davantage aux multiples formes de l'autorité. Quelles conclusions tirer du premier atelier ? En raison du fait d'être davantage axé sur la réflexion que sur la dépense d'énergie, il a été très décevant pour beaucoup de personnes qui, n'ayant pas assez pris la règle du jeu en considération, se sont ensuite étonnées de ne pas trouver dans « Désobéir » un défouloir. D'autre part, parce qu'il rejette par principe l'autorité, (y compris celle qui nous a autorisé, sans avoir peur du ridicule, à proposer un projet tel que « Désobéir ») l'atelier a créé à tort l'illusion de pouvoir fonctionner sans entraves, sans jamais avoir recours à une quelconque forme d'autorité ou d'organisation rationnelle (ce qui, du fait, entre autres que l'atelier était installé dans un lieu public, ne pouvait être viable, à moins que celui-ci tout entier n'enfreigne la loi lui aussi !).

« Désobéir » a donc, contre toute attente, très rapidement trouvé ses limites : il s'est accompli modestement ! La pertinence de l'atelier résidant moins dans la teneur des propositions (celles-ci, même très intéressantes, ont majoritairement contourné ou carrément éludé l'offre initiale) que dans le temps considérable pris à se rencontrer. Partager, ou plutôt mettre en commun, semble donc avoir été après coup le but ultime de l'atelier « Désobéir ». Enfin, et ce n'est paradoxal qu'en apparence, plutôt que de générer des actes ou des réflexions réellement affranchis, l'effet de l'atelier a été de rendre soudainement visible une multitude de limites (« quelque chose de l'ordre de la fêlure »), d'inhibitions. Faisant ainsi de « Désobéir » l'atelier où l'on travaille ensemble sur ce que l'on s'interdit (ou s'autorise) plutôt que celui où l'on convoque l'exceptionnel, l'incontrôlable.

Indispensable : l'atelier doit être opérationnel au minimum pendant deux mois pour avoir un effet réel sur son entourage.

Parentés : le « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres ! » d'Étienne de La Boétie ; Henry Thoreau ; Erich Fromm.
© IKHÉA 2002 d'après « L'atelier de désobéissance civile » du Syndicat Potentiel

Voir « Désobéir », Association Artem
Voir Artem entretiens « Jean-Baptiste Farkas, Désobéir » par Mélanie André, Françoise Coustal, Éric Le Vergé, Stéphane Tesson et Didier Thibault (10 février 2003)

Voir SAUVEGARDE N°1
Voir Fascicule « Désobéir », texte de Paul Ardenne.

NOTES

Nos services dans le détail

Au moment où nous réalisons ce manuel, tous les IKHÉA©SERVICES ne sont pas arrivés au même stade de mûrissement. Certains services susmentionnés n'ont jamais vu le jour, ou qu'une fois, en version démo ou incomplète (Bour ; G.L.U.). D'autres ont été éprouvés à plusieurs reprises et possèdent en conséquence une base de données volumineuse (L'annulation d'espaces ; Atelier H.S.). D'autres encore comme Fott, « Désobéir », Démolition Studio, Corrections à la main du monde qui nous entoure, ou La Plâtrée sont devenus des services en raison du désir de les réitérer. Enfin, Refaire le monde monomatériau donne l'exemple d'un service qui récupère une pratique singulière pour la convertir en offre et l'ouvrir à d'éventuelles négociations.

Les références IKH01, IKH02, IKH03 correspondent à des ateliers IKHÉA réalisés entre 2001 et 2002 (Besançon, Marseille, Paris).

Options, formulaires, services irréalisables

Pour chaque service figurant dans notre liste, deux options : « Nous le réalisons pour vous » ou « À vous de le réaliser ». En plus de celles-ci, les formulaires détachables mis à votre disposition en fin de livre en ajoutent deux nouvelles : « Modifier un service (réalisé au moins une fois) » et « Créer un nouveau service ». Deux services dont les modes d'emplois n'ont pas encore été rédigés sont en conséquence actuellement irréalisables (Sal et Pop-predator). Ils susciteront peut-être toutefois l'intérêt de quelque commanditaire.

Anomalies productives

Il va sans dire que c'est notamment en dévoyant la règle du service qu'il s'est proposé de réaliser (ou de faire réaliser) qu'un commanditaire accède à la singularité : annuler le pouvoir d'annuler, désobéir à l'appel à désobéir, concevoir une oeuvre en tenant compte de son éventuelle upgradation… entorses à la règle qui sont autant d'anomalies productives.

Qui détient le pouvoir ?

Qui détient le pouvoir ? Le créateur d'un service ? Celui qui le réalise ? Celui qui le documente, qui en fait part à un public ? Pourquoi cette question ? Rarement énoncée mais omniprésente lors des réalisations de certains services, celle-ci crée parfois des situations explosives. Les plus déplorables étant celles où commanditaires et/ou créateurs de services exploitent une réalisation à seule fin d'en tirer une reconnaissance immédiate.

Qu'est-ce que « l'art prestataire » ?

Écrits pour être mis en pratique, les IKHÉA©SERVICES sont indissociables des personnes qui, en les réalisant, leur inventent un vécu.

Présentations

Les réalisations ayant pris place uniquement à la maison (L'annulation d'espaces, Bour, Intervertir des contenus d'étagères) ne peuvent être communiquées à un public qu'au travers de présentations. Leur intention capitale étant de donner la star au témoignage, leur tournure sera préférablement légère, c'est à dire limitée à un choix d'éléments documentaires que chacun commentera avec ses mots. Cadrage sur le je et la qualité de son implication dans le jeu.

Comment nous gagnons notre vie ?

Rien n'empêche a priori les IKHÉA©SERVICES d'être rentables : on sera payé en honoraires pour la réalisation d'un service ou, à l'inverse, le commanditaire d'un service sera en droit d'exiger une compensation en argent ou en nature au désordre occasionné chez lui par la réalisation d'un service. Dans les cas où les services seront réalisés indépendamment de la présence de leurs créateurs (c'est à dire à distance, au travers des formulaires), la place de l'argent (payant ou pas) dans le projet sera à définir par les personnes impliquées dans celui-ci. Serons-nous dans vingt ans comme toutes ces vedettes qui, vantant naguère les bienfaits de la dématérialisation et de la gratuité, sont aujourd'hui spécialisés dans la vente de gadgets et de produits dérivés ? À voir.

Degrés, pourcentages

Recourir aux pourcentages est une méthode appliquée par Jérôme Guigue dans Réductions (voir IKH01, IKH02). Nous l'avons parfois réutilisée dans d'autres IKHÉA©SERVICES en la transformant : en accordant par exemple un degré d'intensité spécifique à une réalisation (évaluée ainsi de 1 à 100%). Un service est très différent selon qu'il est réalisé à 90% (une Annulation d'espaces où tout devrait être ôté à l'espace sélectionné, mobilier, objets, mais aussi papier-peint, peinture, tuyauterie pour accéder au maximum de vide, « d'annulation de plein », soit revenir au béton brut dans ce cas) ou à 10% (on supprime seulement quelques objets de la zone annulée). À savoir : le degré d'intensité d'une réalisation de service est souvent synonyme du degré d'implication de son commanditaire.

Extensions

Certains contrats effectués en vue d'une réalisation de service incluent des extensions (par exemple, annuler l'activité d'un chantier et par extension la télévision, élément complémentaire de cette activité, voir IKH(S).N°4). Il n'est pas rare que celles-ci soulèvent des problématiques plus intéressantes que les contrats eux-mêmes.

Champs

Il serait intéressant d'élargir le champ d'application des services à des contextes autres que ceux pour lesquels ils ont étés rédigés initialement : intervertir des contenus… de programmes de télévision, annulation… de sièges à l'Assemblée, annulation… de tous les économistes, augmentation du pouvoir d'une carte de vote afin qu'upgradée elle compte double. Mises en forme sauvages des services qui pourraient avoir des effets inespérés sur le monde dans lequel nous vivons.

IKHÉA©SERVICES : NOTES



IKH(S).N°21

Ceinture ! : « Pour ne plus être un collectionneur-légume ! »

AUX COLLECTIONNEURS DE LE RÉALISER

Mode d'emploi : retirer de sa collection les oeuvres ayant un cadre, les sculptures portées par un socle, les dessins ou les photos ayant un verre de protection et une jolie Marie-Louise. Décrocher les cornières et les spots directionnels qui glorifient l'autonomie de l'oeuvre. Éliminer ensuite toutes les oeuvres qui ne prennent pas en compte leurs modes de présentation, leurs modalités d'acquisition et l'expérience de leur perception. Ne garder que les oeuvres sur lesquelles il est possible d'intervenir au départ pour leur réalisation et ensuite pour leurs actualisations dans l'espace et le temps.

Remarques : l'art tenant moins à la nature conventionnelle de ses objets finis qu'à la façon dont on va l'inscrire successivement « ailleurs et autrement », le collectionneur pourra décider de ne plus installer d'objets d'art chez lui et attester ainsi, qu'un lieu vide d'objets d'art peut accueillir l'archétype même d'un art qui s'est enfin libéré de l'esprit convenu de l'art. Le but de l'opération :
faire sortir le collectionneur de chez lui pour qu'il investisse avec ses oeuvres, des contextes architecturaux, sociaux, idéologiques ou psychologiques toujours différents. Une possibilité pour lui de devenir l'artiste de ses propres initiatives. Parentés : le porte-bouteilles de Marcel Duchamp, les zones de sensibilité picturale immatérielle de Yves Klein, les installations de Michael Asher, les wall drawings de Sol LeWitt, les oeuvres in situ de Daniel Buren, les "Statements" de Lawrence Weiner, les discussions de Ian Wilson, les définitions/méthodes de Claude Rutault...mais aussi les actions de Gilles Mahé, Philippe Thomas, Yoon Ja & Paul Devautour, Soussan Ltd, Unglee, Matthieu Laurette, François Deck, Antoine Moreau, LMX, Claire Dehove, Bobig, Édouard Boyer...

© Ghislain Mollet-Viéville 2005



IKH(S).N°22

Mentir : « Mentir délibérément. On aura recours à ce service chaque fois que se fait sentir le risque d’une quelconque aliénation. »

À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d’emploi : dès qu’une situation s’impose à vous et met en danger votre liberté (ou celle d’un interlocuteur, quel qu’il soit) ou risque d’être préjudiciable à votre éthique, vous pouvez mentir. Rien ne justifie ce type de décision qui peut devenir une action (comme immobile), mentir est une décision délibérée et choisie en toute liberté. Mentir s’applique en réponse à des questions ou comme une forme de résistance latente. Mentir peut vous protéger et protéger les autres. Ce service s’applique envers tout ce qui détermine la sociabilité, les rapports avec les administrations, les proches au regard de la loi, la famille et les liens édifiés en son nom par toutes les sociétés, les actions qui vous sont imposées par les codes sociaux, moraux, actions qui vous sont imposées par les codes sociaux, moraux, professionnels, relationnels ou autres… Ce service, en libre-service, ne s’impose pas systématiquement. Il doit demeurer indétectable (un entraînement peut s’imposer), il n’entre dans aucune catégorie (morale ou philosophique), il est cependant le signe d’une sorte de philosophie qui nécessite une anamnèse constante. Mentir ne doit pas être un service qui prive les altérités qu’il révèle de leur propre liberté ou autonomie. Mentir ne doit pas servir à prendre mais plutôt à donner. Mentir pour affronter la morale (des autres), comme pour se mettre en danger (prendre le risque d’être jugé), pour s’opposer à la culpabilité, la placer en ligne de mire, la détruire.

Remarques : ce service doit conduire à expérimenter l’idée d’une éthique construite sur autre chose que des certitudes et des fondations qui auraient des origines morales. Mentir est une sorte de question posée à soi dans le cadre d’un dialogue ou d’une relation. Mentir définit un cadre qui impose de se débarrasser de l’idée de jugement (quant aux discours des autres) et principalement de ne se référer à rien qui fût moral. Mentir nécessite de n’imposer aux autres aucune morale égoïste ou égocentrique. Mentir peut être l’expression cachée du doute. Mentir peut constituer la base d’un atelier.

Parentés : IKH(S).N°20 « Désobéir » ; Oscar Wilde (« Notre véritable devoir, c’est de rénover le vieil art du mensonge. »).

Opposés : la société dans son ensemble, la politique contemporaine, les élus des Républiques, le politiquement correct ou ce qui est considéré comme tel…

© Marc Vaudey 2006



IKH(S).N°23

Bartlebysme : "Art would prefer not to!"

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS OU À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d’emploi : s'abstenir, comme forme d'art.

Remarques : parce que pas fait, cet art n'est pas non plus à voir.

Parentés : « L'individu en tant que cerveau m'intéresse plus que ce qu'il fait. » (Marcel Duchamp) ; les « Années sans art » de Gustav Metzger ; Lee Lozano.

© IKHÉA 2005



IKH(S).N°24

Slowmo : « Le ralentisseur »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS OU À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d’emploi : agir avec une lenteur exagérée.

Remarques : on considérera son but à deux fois avant d'appliquer le mode d'emploi de ce service. Un Slowmo pourra être stratégique (Paavo Nurmi), politique (l'obstructionnisme) ou dandystique (Public Image Limited). Ce service est un Bartlebysme upgradé.

Voir IKH(S).N°23 (Bartlebysme) puis IKH(S).N°12 (Upgrade).

© IKHÉA 2006



IKH(S).N°26

Rabais : « Ultime passage à l’acte ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS OU À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d’emploi : convertir les actes artistiques en actes.

Remarques : « Le but même des données artistiques n’est plus de produire des condensés idéologiques par le modelage d’une matière, par la gestion d’une syntaxe symbolique mais d’aboutir à des actes (...). L’acte artistique doit devenir essentiellement un acte (...). »

Parentés : l’"un-artist" d'Allan Kaprow ; les « réductions » de Jérôme Guigue.

© IKHÉA 2006



IKH(S).N°25

Contre’un : « Au moins deux tu l'auras ! »

NOUS LE RÉALISONS POUR VOUS OU À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d’emploi : pluraliser, fictionner tout réel qu'on nous dit donné une fois pour toutes.

Remarques : par réel on comprendra tout ce qui existe effectivement.

Parentés : La Mésentente de Jacques Rancière.

© IKHÉA 2006



IKH(S).N°27

Prêts : « Toujours prêts ! »

À VOUS DE LE RÉALISER

Mode d'emploi : la réalisation de ce service consiste à prêter des affaires qui seront ensuite prêtées à d'autres personnes et ainsi de suite. En passant continuellement de mains en mains, celles-ci ne devront trouver ni propriétaire définitif ni point de chute final.

Remarque : pour informer du mode d'emploi, les objets prêtés seront accompagnés du texte suivant: « Ce (livre, cd, vêtement, etc. vous a été prêté gracieusement. Pour qu'il poursuive son chemin, prêtez le dès que possible à quelqu'un d'autre en lui demandant de le prêter à nouveau et ainsi de suite. »

Parentés : http://www.antoinemoreau.org/index.php?cat=sculptures (sculptures confiées) ; http://bookcrossingfrance.apinc.org

© Antoine Moreau 2006, Copyleft : cet IKHÉA©SERVICE est libre. Vous pouvez le copier, le redistribuer et le modifier selon les termes de la Licence Art Libre http://artlibre.org



IKH(S).N°31

« Au nom de l’art »

Á VOUS DE LE RÉALISER

Mode d’emploi : user du nom d’art pour échapper à la loi en commettant des actes qui, sans identité d’art, seraient assurément récriminés. Par extension, s’autoriser tout et n’importe quoi au nom de l’art.

Remarques : les mises en pratique clinquantes (actes de violence spectaculaires, coucheries éhontées, cannibalisme) produites ça et là dans l’unique but d’attirer l’attention et de repousser (encore une fois) les limites de l’art n’attirent nullement notre sympathie. Associé à certains IKHÉA©SERVICES présentés dans cette base de données, ce mode d’emploi peut s’avérer salutaire.

Parenté : « …se réclamer de son identité d’art pour éviter certaines poursuites… » (Jean-Claude Moineau).

Indispensable : savoir, au moment ou l’on met ce mode d’emploi en pratique, jusqu’où ont été repoussées les limites de l’art pour pouvoir grimer en œuvre l’acte trivial que l’on souhaite perpétrer.

© IKHÉA 2006



IKH(S).N°34

Éclipse : « La revanche de l’ombre ! »

NOUS LE REALISONS POUR VOUS OU A VOUS DE LE REALISER

Mode d’emploi : obscurcir, temporairement. Par extension : renouveler par l’obscur.

Remarques : accroître l’ombre tout autour, c’est consentir à l’imagination. Pour faire renaître le monde sous une faible lumière, on bridera les éclairages d’une pièce d’habitation, d’une scène de théâtre, d’un parc d’exposition, de tout endroit du monde où l’on produit un travail à 1% de l’intensité considérée ordinairement comme idéale. Quand il sera impossible de réduire une clarté en recourant à un variateur, on remplacera les éclairages existants par des veilleuses. La mise en œuvre de ce service peut être étendue au son et à la température.

Parentés : l’Éloge de l’ombre de Junichirô Tanizaki (« un univers d’ombre délibérément créé en délimitant un espace rigoureusement vide confère une qualité esthétique supérieure à celle de n’importe quelle décoration »), les parenthèses, les Dark Cubes.

Indispensable : ignorer les échelles de valeur préfabriquées.

© Laurent Laclos, IKHÉA, 2007

 
 
 
 
 
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