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Bourse du Travail Parallèle

Pour la Biennale de Paris, j’ai voulu amorcer une bourse aux objets volés et/ou « perruqués » sur le lieu du travail. Il s’agit d’une bourse d’échange d’objets prélevés et/ou transformés à partir du lieu de l’entreprise.

Mode d'emploi

Dans un local syndical est organisé une bourse d’échange d’objets et de savoirs faire. Il est demandé à tous les participants d’amener, s’ils le peuvent et le veulent bien - un objet produit ou volé sur leurs lieux de travail, dans le but de les documenter, de les exposer, et de les échanger. L’objet devient ici, essentiellement un vecteur pour échanger des expériences, il est à considérer comme une contrainte. Des bons « promesse d’échange » - avec nom, prénom, téléphone, mail, et nature de l’échange - sont à disposition de chacun pour prolonger ce réseau, qui, nous l’espérons pourra de nouveau êtres réactivés dans le futur. Ces échanges ont surtout pour nécessité de faire savoir ce qu’il se passe aujourd’hui dans le monde du travail, avec entre autres questions : Les conditions de travail et d’exploitations contemporaines ? Pourquoi celles-ci sont-elles de plus en plus cachées, et semblent-elles de plus en plus « dé-materialisées »?… Discuter des armes et des ruses utilisées pour le détournement de la production, c’est échanger des modes de résistances, mais aussi comprendre un peu plus - et à notre échelle - les fonctionnements (stratégiques et tactiques) de la production capitaliste actuelle. Cette bourse du travail parallèle a aussi pour idée de mettre en jeu les nouvelles formes possibles de productions et d’échanges. En effet, la pratique du don (don et contre-don) peut se retrouver au coeur de ce que l’on appelle la pratique de la perruque. La pratique de la perruque c’est l’utilisation de matériaux et d’outils de production par un travailleur sur son lieu du travail et pendant son temps de travail, pour fabriquer ou transformer un objet en dehors de la production réglementaire de l’entreprise(1). Cet objet peut-être produit à des fins personnelles, (il n’est alors pas ici question d’échange), mais il peut aussi être produit pour une autre personne : un collègue, un membre de la famille, un ami… On voit que cette pratique - de tradition ouvrière - peut prendre également au sein comme à l’extérieur de l’entreprise, une valeur d’échange non-marchande. La perruque relève alors d’une pratique du don. Elle peut donc être le fruit d’un contrat d’échange tacite : de savoirs faire, de moyens techniques, de conditions de travail avantageuses, etc. La valeur d’une perruque dépend aussi de la capacité - pour celui ou celle qui la produit - de ruser et de se déjouer d’un milieu que l’on sait naturellement hostile à cette pratique. C’est sur la base de ces savoirs d’usagers - pour reprendre une expression chère à Michel de Certeau - que je souhaite construire ces échanges, échanges qui sont aussi l’occasion de rencontres entre les univers artistiques, syndicaux et le monde du travail.

Art/travail, la pratique de la perruque

Tout d’abord, pour expliquer ce qu’est la pratique de la perruque, on peut dire avec Michel de Certeau, qu’elle est « une pratique du détournement »(2) ou bien encore que les perruques sont des « manipulations d’espaces imposés… »(3). Sur le lieu du travail, la pratique de la perruque revêt un potentiel de résistance particulier en ce qu’elle permet, aussi minimale soit elle, dans le cadre du travail salarié, une « désaliénation » temporaire par réappropriation de sa force de travail et/ou par l’expropriation des moyens de production, et la création d’un temps qui échappe au temps de production patronale(4). On peut donc comprendre l’objet « perruque » comme étant, entre autres, la trace résultante d’un moment pris, ou plutôt arraché, au contrôle productif du travail. C’est aussi, à partir d’une pratique, une façon de renverser temporairement les rapports de domination hiérarchique : du théorique sur le pratique, mais aussi du haut sur le bas. C’est l’occasion de redonner à une pratique culturelle populaire(5) le caractère politique qu’elle peut recéler. Dans tous les cas, le fait que cette pratique est répandue est bien la preuve qu’il existe une réelle volonté de la part des travailleurs d’échapper au temps imposé au travail, par réappropriation individuelle du temps et de la matière première, ainsi que de l’outil de production. On peut constater que la pratique de la perruque, tout comme les grèves du zèle ou par freinage, retrouve toute sa place dans les pratiques, plus ou moins affirmées, de ce début de XXIe siècle. Et le « sabotage par freinage de la production » se confond aujourd’hui souvent avec la pratique de la perruque, par exemple lorsque des salariés utilisent leur ordinateur de bureau pour des usages personnels durant leur temps de travail. Le monde des arts plastiques est souvent en quête d’une reconnaissance politique et sociale. En effet, il est courant pour un artiste de chercher dans l’actualité politique et sociale le sujet/objet qui donnera lieu à une interprétation artistique. Mais cette recherche de légitimité artistique se fait souvent au détriment d’une sincérité dans la démarche politique et sociale. Le romantisme que confère l’idée pour un artiste d’être à l’avant-garde fait souvent l’objet de malentendus. Afin d’éviter l’écart entre les réalités sociales vécues au quotidien et les préoccupations artistiques, il me parait judicieux de s’appuyer sur l’expérience, et celle-ci peut alors être au coeur de la démarche artistique. C’est à partir de l’expérience comme espace de création que de nouvelles pratiques créatives peuvent émerger et donner lieu par la suite à une analyse et à un jugement.

Etre son propre sauvage

Les usages et méthodes permettant d’arracher du temps et/ou de la matière première à la productivité sont aussi divers qu’il y a de contextes différents de production. C’est donc à partir de mes premières expériences de salarié, que j’ai commencé à « perruquer ». Ce qui m’intéresse particulièrement dans cette pratique, c’est de développer une pratique artistique qui émerge de l’intérieur du monde du travail. C’est une façon parmi d’autres de transformer mon rapport au travail. Façon pour moi d’introduire un regard critique, une opération de subjectivation sur mon travail. J’envisage mes multiples expériences de salarié intermittent comme autant de possibles « mises en situation d’aventure ». De la même façon qu’il existe des perruques d’entreprise qui permettent au salarié de se réapproprier temporairement sa force de travail, j’ai commencé comme tout salarié non zélé à voler du matériel sur mon lieu de travail et à utiliser à la fois le matériel disponible, le décor et le temps soustrait à mon temps de travail pour développer ma pratique artistique. Cette pratique consiste à essayer de me jouer - ou de jouer - des différents cadres dans lesquels je me trouve, comme autant de toiles de fond. Perruqueurs de tous les pays, unissons-nous !

L’économie capitaliste

L’économie capitaliste d’aujourd’hui s’emploie à cacher les conditions et les formes d’exploitation à l’oeuvre. Sous couvert de modernisme, le libéralisme fait le maximum pour masquer - par l’usage des nouvelles technologies et des délocalisations - ses archaïsmes. Révéler certains de ces archaïsmes qui se cachent derrière les écrans de la net économie, est alors devenu pour moi, une façon de résister. Si je me trouve souvent être le modèle, c’est que je pense être le plus à même de représenter ce que sont mes conditions de travail et donc d’exploitation. En effet, je ne veux pas être un ethnologue qui chercherait son terrain et ses «sauvages» à étudier, il est moins risqué d’être mon propre sauvage à étudier.

Bourse du travail parallèle

« Je pense que notre effort à faire, c’est de ne pas faire des films au nom de […] c’est parler d’abord en son propre nom, […] l’exploiteur ne raconte jamais à l’exploité comment il l’exploite, donc nous dans ce « raconte », nous qui, sommes précisément l’information, le cinéma, la télévision, la presse nous qui sommes dans ce discours de l’exploiteur qui raconte à l’exploité […] nous devons précisément raconter d’une autre manière pour à la fin raconter autre chose.»(6) Ce qui est demandé à chacun c’est un processus bien plus qu’un résultat. L’objet est un prétexte à rentrer en résistance face au quotidien du travail. La participation à la Bourse de Travail Parallèle est aussi un appel à adopter un regard distancée sur son cadre et ses conditions de travail. Chacun est amené à s’envisager comme son propre sauvage. La Bourse du Travail Parallèle est aussi une façon pour nous de tester (à notre échelle) l’actualité d’une pratique : la perruque. De voir quelles sont les pratiques possibles aujourd’hui ? J’espère que cette première Bourse de Travail Parallèle permettra de faire savoir à l’extérieur ce qui se passe à l’intérieur du monde du travail, et que cela sera fait par les acteurs eux-mêmes de ces mondes. Et enfin d’assumer collectivement et publiquement le caractère politique de la réappropriation directe des moyens de production, pratique qui est habituellement individuelle et semi-clandestine.

Jan Middelbos

Merci tout particulièrement à Alexandra Slavicek pour son soutien.



Notes

1. Je me réapproprie ici la définition que donne R. Kosmann de la perruque dans La perruque un travail détourné. Histoire et sociétés, n°17, trim.-janv-06.

2. Michel de Certeau, L’Invention du quotidien tome 1 : arts de faire, Paris, Gallimard, 1990, p43.

3. Ibid., p. 43.

4. Bien que cette pratique de la perruque ne soit pas toujours une pratique transgressive. La perruque peut permettre par ex. de casser la tension sociale au sein de l’entreprise. Cette pratique est interdite et contrôlée dans la plupart des règlements internes à l’entreprise, mais elle peut revêtir des degrés de tolérance patronale très variables. Elle peut même se révéler être une pratique institutionnalisable : par la mise à disposition de matériel ou de matières premières, par la valorisation de cette pratique au travers de l’organisation d’expositions (internes à l’entreprise) de la plus belle perruque de l’année, par la connivence patronale et paternaliste lors de la remise de « perruque de retraite » ou « perruque de conduite », sous entendu de bonne conduite, et/ou encore par les diverses complicités hiérarchiques qu’elle peut impliquer, etc. Elle n’est donc pas exempte de toute récupération patronale. Ce peut être une façon pour le patron d’éviter le recours répété au sabotage dû au caractère aliénant que peut revêtir le travail. La potentielle volonté de défoulement s’en trouve alors désactivée. Le patron aura sûrement - dans la défense de ses intérêts - plus envie d’intégrer ces pratiques alors dites « créatives ». Il usera d’une tactique lui permettant d’ôter la violence contenue dans l’entreprise et/ou le caractère transgressif d’une pratique qui s’est déjà révélée effective.

5. Il est très difficile d’effectuer une étude exhaustive sur les pratiques de la perruque sur le lieu de travail, car la plupart du temps celle-ci est considérée comme une pratique illégale et fuyante. Il s’agit donc d’une attitude tabou pourtant pratiquée, assumée ou non, par un ensemble très large de salariés, même si elle était probablement plus répandue par le passé durant l’ère industrielle, qu’elle ne l’est aujourd’hui. On assiste néanmoins à un renouveau de la perruque via les NTIC. L’ordinateur est détourné en partie à des fins personnelles.

6. Interview de Jean-Luc Godard 1972.


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