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Vers une renaissance de la photographie

En 1977, la biennale nous révélait l'oeuvre d'une jeune photographe américaine aujourd'hui célèbre : Eve Sonneman. Pour autant que la photographie n'était pas vraiment inscrite dans le champ des préoccupations de la manifestation. Ou elle l'était par raccroc, à travers l'oeuvre de peintres et d'artistes comme Tim Head, Didier Bay, William Wegman, Edmund Kuppel, John Hilliard... et les allemands Albrecht D., Dieter Hacker, Renate et Hilmar Liptow.

Aujourd'hui, prenant en compte l'effervescence qui s'est manifestée dans ce domaine, la Biennale a voulu donner une vraie place à un moyen d'expression qui a considérablement évolué au cours de ses cinq dernières années. Encore fallait-il qu'on invite moins la photographie que des photographes et leurs oeuvres. S'il se trouve en effet beaucoup de promoteurs, de zélateurs et de propagandistes, les vrais créateurs ici sont plutôt rares. S'il est relativement facile d'exiger que la photographie soit présente un peu partout dans les grandes expositions et salons internationaux, s'il est possible d'obtenir gain de cause à la longue, au moment de concrétiser ses aspirations la sélection pose des problèmes parfois délicats. Les photographes réellement intéressants, qui apportent quelque chose de neuf, qui cherchent et qui trouvent, qui n'adaptent pas purement et simplement des idées glanées ça et là sont infiniment moins nombreux qu'on ne croit. La photographie a connu dans les années 20 et au début des années 30 une sorte d'âge d'or. Ce qu'Herbert Molderlings a nommé « La deuxième naissance de la photographie ». Que se passa-t-il alors ?

Dans le bouillonnement des mouvements artistiques qui agitent l'Europe centrale, l'Allemagne, l'Italie, la Russie, la France dans la mouvance du constructivisme, du futurisme et du Bauhaus, alors que Tatline s'écrie « l'art est mort, vive la machine !», tandis que des concepts nouveaux voient le jour comme celui de standardisation, la photographie se sortant de l'impasse pictorialiste, se découvre elle-même, ose affronter sa vraie nature. Sans honte. Sans chercher à imiter la peinture. Elle ne se dissimule plus qu'elle utilise la chimie, la mécanique et les lentilles optiques. Au contraire. Les photographes trouvent non plus dans l'imitation de telle ou telle forme d'art mais à travers la photographie un langage. C'est l'époque où l'on commence à construire en série des immeubles et des appartements selon le même modèle. Friedrich Nauman qui introduit la notion d'art industriel écrit que la reproduction est l'idée fondamentale qui le sous-tend. On s'aperçoit que la photo exprime à merveille les problèmes et les pulsions de son temps.

C'est dans ce contexte que vont naître les oeuvres de Sander, Blossfeld, Mantz, Kertesz, Renger Patzsch, Florence Henri, Rodchenko et de quelques autres.

Après un entracte d'un quart de siècle où la fortune du reportage va faire oublier ses possibilités d'expression artistique la photographie, à travers le pop art, peu à peu, renaît de ses cendres, se retrouve des racines. Mais ceux qui mettent au jour vraiment, pleinement, ses ressources ce sont moins les photographes qui se perdent le plus souvent dans les délices délétères de l'artisanat d'art que ceux qui, utilisant la photographie, se disent artistes ou peintres comme Boltanski, Le Gac, Gette, Gilbert and George, Zaza, Van Elk, Dibbets etc... II y a tout au long des années 70 dans ce domaine une extraordinaire floraison d'oeuvres passionnantes.

Quelques photographes apparaissent aussi qui, timidement, renouent avec un certain esprit de recherche : Ralph Gibson, Duane Michaels et surtout Leslie Krims qui pousse beaucoup plus loin que les deux autres ses investigations. Des artistes difficiles à classer (sont-ils peintres ou photographes ?) comme les Becher feront la liaison avec la génération qui apparaît ces toutes dernières années et qui expose plus volontiers dans les galeries de peinture (Sonnabend essentiellement) que dans les galeries spécialisées qui se sont multipliées depuis 1975, un peu partout dans le monde. Ces photographes sont essentiellement Jan Groover et David Haxton aux Etats-Unis.

A Paris cette génération apparaît regroupée pour la première fois à la biennale : Elle est composée de Sara Holt, Tom Drahos, Sophie Calle, [va Klasson, François Hers, Gloria Kent, Bernard Faucon, Jean-Marc Bustamante. Bien sûr tous ces jeunes photographes n'ont pas le même propos.et il serait illusoire de vouloir trouver un dénominateur commun à leurs démarches.

En fait nous assistons là au début de quelque chose qui ne s'est point encore ni fixé ni organisé, à une explosion de vitalité qui se manifeste avec une éblouissante évidence dans l'oeuvre de Tom Drahos, à un jaillissement.

Cela dit qui peut savoir ce que deviendra Jean-Marc Bustamante qui cite Beuys et se place dans la descendance de Steven Shore, de François Hers qui tente de s'extraire d'un passé d'honnête reporter, et même ce qui attend les autres plus assurés dans leur projet, tous absorbés par une obsession qui les détermine profondément.

Obsessionnelle comme l'est celle d'Arnulf Rainer ou celle d'Anna Oppermann, l'oeuvre déjà importante d'Eva Klasson se fonde sur l'emploi du gros plan. Mais au lieu de nous permettre une approche de l'objet examiné ou de nous apporter une précision, ces gros plans troublent, inquiètent notre perception, remettent en question notre acquis, nous proposent d'autres possibles. La photographie, ici, n'enregistre pas purement et simplement une trace du monde physique, elle porte l'inquiétude au sein des apparences. Et aussi, parfois, l'émerveillement.

Obsessionnelle aussi, l'oeuvre encore très neuve mais puissante de Gloria Friedmann est une interrogation d'ordre à la fois personnel et général sur la réalité du corps humain dans un monde d'objets, sur l'assimilation possible du corps.

aux objets manufacturés qui l'entourent. La série de photographies peintes présentée ici constitue une tentative pour trouver à travers la photo un espace débarrassé de toute scorie impersonnelle. Ici il y a dialogue entre les photographies. Dans ce rapport, cette dialectique, se manifeste une interrogation inquiète, irréductible aux mots, à la fois très physique et très intellectuelle. L'accumulation des images, le choc des photos entre elles sont les instruments d'une quête.

Obsessionnelle plus encore que les autres peut-être, la démarche de Sophie Galle met en oeuvre le voyeurisme inhérent à une partie de l'activité photographique. Connue, voire célèbre pour suivre des inconnus des heures durant et enregistrer leurs faits et gestes dans les situations les plus intimes en collant à la personne élue avec une obstination quasi monstrueuse, modifiant par sa présence des situations dont elle ne prétend pas offrir je ne sais quel compte rendu « objectif », elle a imaginé ici de demander à des gens de venir dormir dans son lit et de se laisser photographier dans ce moment de total abandon. Une image a été prise toutes les heures pendant 7 jours, les dormeurs se succédant par roulement de 8 heures. Ici ce témoin paraît-il « objectif » qu'est la photographie agit en fait comme un acteur, un intrus, et force un peu le cours du destin.

Plus simple si l'on veut, plus poétique assurément le travail de Sara Holt consiste à enregistrer la trace des étoiles, à rendre visible ce que nous ne percevons pas, à montrer par ce qui, en général arrête le mouvement, le mouvement de la terre et des astres.

Obsédé par cet état intermédiaire entre enfance et adolescence où les garçons ont une grâce maladroite qu'ils ne retrouvent jamais plus après, Bernard Faucon organise des mises en scène extrêmement élaborées à l'aide de mannequins un peu désuets, charmants, disposés de telle manière qu'ils nous donnent l'impression de la réalité, une réalité très fantasmée où tout s'éternise dans la douceur irrisée du rêve. La photographie dévie ce rêve vers des voies étranges, un peu perverses, car si, dans les vitrines, ces mannequins de petits garçons mimant des gestes stéréotypés sont perçus bien sûr comme parfaitement immobiles, saisis par cet instrument qui arrête le mouvement - l'appareil photographique - ces mêmes garçonnets paraissent avoir été arrêtés dans un mouvement qu'ils n'ont jamais eu mais que leur prête notre imaginaire habitué à voir dans la photo un art de l'instantané. Ces figures immobiles dans la réalité, immobiles sur la photo, s'animent donc et s'arrêtent dans une sorte de radieux ralenti, d'espace magique, où les contradictions s'abolissent.

II est d'autres photographes dans la sélection qui vous est présentée ici mais ceux dont je viens de parler me paraissent intéressants en ce sens qu'ils utilisent franchement le médium photographique, sans truquer, sans chercher à le détourner. En revenant à la spécialité même de la photo. Comme le firent ceux des années 20 dont je parlais tout à l'heure.

Mais il ne s'agit plus aujourd'hui d'affirmer que la photo est chimie, mécanique et optique - nous le savons - il ne s'agit plus de vanter ses qualités de « froideur »: le monde où nous vivons n'accorde plus le même crédit au tremblement du pinceau ou à celui de la main de l'artiste de manière plus générale. Les photographes qui, de plus en plus nombreux aujourd'hui exposent dans les galeries de peinture et peuvent parfois se confondre avec les peintres utilisant la photographie, vont devoir inventer leur univers propre. II est difficile de dire aujourd'hui ce qu'il sera. Nous voyons ici les prémisses de ce qu'il pourrait être.

Michel Nuridsany

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