ARCHIVES DE LA BIENNALE DE PARIS
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Accueil > 1971 > "La communication à distance et l'objet esthétique", par Jean-Mars Poinsot
 
Généralités

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"Un hangar, des cables
et des baches",
J Nouvel, F Seigneur


"La communicationà distance
et l'objet esthétique", JM Poinsot


"Films d'artistes",
A Pacquement


"Art conceptuel : pratique
et théorie", A. Pacquement


"L'utilisation du langage dans
l'art conceptuel", C Millet


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"Hyperréalisme",
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Hyperréalisme

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Envoi

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Interventions

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Films d'artistes

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Christian Boltanski
Bruce Naumann
Jannis Kounellis
Dan Graham
Dennis Oppenheim
Richard Serra
Laurence Weiner
Richard Long
Giovanni Anselmo
Joseph Beuys
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Gilbert and George
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Invités du commissariat général
Le concept financier par Iris Clert
Atelier de création radiophonique
Jeunes peintres japonais
L'aliment blanc de Malaval
Dessinateurs de presse
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Architecture-Urbanisme
Chronographismes 71
Composition musicale
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Films de cinéastes
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La communication à distance et l'objet esthétique

Le thème que nous avons retenu pour cette partie de la Biennale a été déterminé à la fois par la production d'un certain nombre d'oeuvres inconnues du public et par l'importance croissante de ce problème qu'est la communication à distance dans l'art comme dans l'ensemble de notre société. La fixation des critères de participation s'est opérée autour de l'utilisation de l'institution postale à quelques exceptions près. Ce qui veut dire en termes clairs que pourvu que les couvres proposées utilisent l'institution et son matériel dans leur réalisation ou leur diffusion et ceci avec une certaine logique, nous avons accepté toutes les participations. Le thème est suffisamment précis, les couvres si peu volumineuses que nous avons préféré laisser cette manifestation ouverte et provoquer une activité expérimentale et de confrontation.

C'est pourquoi à l'opposé des autres sections de cette Biennale, notre sélection n'est pas nominative, elle se présente comme le constat d'une prospection. Au-delà du propre travail de l'observateur de la scène artistique qui consiste à informer le public et à faire connaître des recherches nouvellement parues, il semble que désormais notre rôle soit à la fois celui de réfléchir sur une certaine activité artistique, mais aussi de provoquer des situations par lesquelles devait s'effectuer une prise de conscience des possibilités et surtout des limites de certaines techniques, médias et recherches.

II ne s'agit plus de s'ériger en juge car une telle situation convenait à un petit groupe social qui tenait à préserver son intégrité. II ne s'agit plus de retarder une fin plus ou moins attendue, mais de laisser se créer des situations permettant une clarification, une recherche par l'expérience. En accord avec ces principes et les modalités particulières du thème choisi nous avons préféré ne pas établir un catalogue des participants ; nous rendrons compte de l'ensemble des interventions pendant la durée et à la fin de cette Biennale.

Les événents : l'utilisation de la poste à des fins esthétiques

II est toujours difficile de déterminer lé début d'une activité d'autant plus que la chronologie cache les véritables problèmes. Cependant nous devons citer deux utilisations de la poste par Marcel Duchamp. En 1921 invité à participer au salon Dada organisé par Tristan Tzara à Paris, Duchamp répond par une lettre qu'il ne désire pas exposer, plus tard il expédie un télégramme à Jean Crotti son beau-frère qui porte le texte suivant : "PODEBAL/DUCHAMP". Le fait que la réponse est double nous pousse à croire que Duchamp avait une intention autre que la simple information en expédiant ce télégramme. II semble que ce télégramme signifiant son refus érige cet acte en acte Dada.

En 1916 il avait expédié aux Arensberg quatre cartes postales collées sur un même support. Côté carte postale figuraient l'adresse et la date d'un rendez-vous futur alors que les Arensberg habitaient dans le même immeuble ; sur l'autre côté figurait un texte écrit suivant quelques règles précises qui en rendent la lecture.plus difficile ; ce texte se réferre aux éléments plastiques et symboliques de "La mariée mise à nu par ses célibataires même" commencée en 1915. Pour celui qui a lu les textes de Duchamp et observé les dessins préparatoires au « grand verre », il est évident que leur lecture est énigmatique et que le système imaginé par Duchamp ne renvoie qu'à lui-même, ce qui en quelque sorte est un moyen de tourner en dérision la notion de communication dans l'oeuvre d'art. Or il se trouve que le texte de Duchamp de 1916 est envoyé sur une série de cartes devant fixer un rendez-vous. Mais n'est-il pas absurde d'envoyer un mot pour prendre rendez-vous alors qu'il est plus rapide et plus sûr de se rendre chez ce voisin que l'on désire rencontrer ! Duchamp a lié les deux contradictions de son oeuvre et de l'utilisation de la poste dans un seul et même objet. Ce dernier exemple devrait nous prouver que si Duchamp réalise un tel travail, il soulève le problème de la communication et plus particulièrement celui des rapports que l'objet esthétique peut avoir avec les modes généraux de communication à distance.

Une telle attitude est propre en général à tous les artistes qui ont eu à faire à l'institution postale. II faut signaler quelques exemples de cette activité au cours des dix dernières années, période de développement. En 1962; Ray Johnson fonde aux Etats-Unis la "New York Correspondance School of Art". II envoie à des amis, artistes, critiques, ou inconnus, des collages, des informations, des propositions pour un événement postal et ceux-ci participent en répondant ou en diffusant vers de nouveaux destinataires les envois et les informations. Cette inhabituelle école qui groupe plusieurs centaines de personnes est connue du public par les articles qui sont parus quand telle ou telle revue se trouvait submergée par des envois de tout le groupe à l'occasion d'une action concertée. Parmi les membres du groupe se trouvent des artistes ayant eu une importante activité au sein de Fluxus, dont la , création en tant que groupe date de septembre 1962. Ce groupe international de faiseurs d'événements artistiques n'a jamais été très organisé, c'est par ses publications et manifestations sporadiques que se faisait son unité. Nombre de ses membres ont réalisé des événements postaux comme Dick Higgins, Nam June Paik, Emmett Williams, Arthur, Koepke, Wolf Vostell, Robert Filliou, George Maciunas, Eric Andersen, Ben Vautier, Chieko Shiomi, Robert Watts, George Brecht, etc... En France, Ben Vautier dit Ben a largement inondé le monde artistique de ses envois nombreux, ce fut son moyen d'expression le plus employé. Son activité inlas-sable a provoqué depuis peu une grande extension de cette forme d'expression. Les utilisateurs récents de l'institution postale à des fins esthétiques se situent dans les différentes voies de recherche actuelles telles que l'art conceptuel, l'art pauvre et leurs proches. Plutôt que de faire une énumération des artistes qui seront à l'exposition il importe avant tout de déceler les motivations et les problèmes que soulève cette activité.

La création d'un circuit parallèle

Un point commun à toutes ces oeuvres réside dans leur gratuité et leur forme particulière d'échange. II n'est pas indifférent de remarquer que l'ensemble de cette activité s'est passée en dehors du musée et des galeries. En effet à partir du moment où l'oeuvre d'art peut se passer de sa fonction de mobilier et où son contenu peut s'exprimer par des moyens qui exigent un très petit matériel, il n'importe plus que celle-ci transite par des circuits compliqués. Elle peut atteindre son public de manière directe et se libérer des contraintes que suppose le système marchand.

Les contraintes du système commercial sont d'ordre divers et liées à son caractère d'institution.

- l'artiste doit avoir une certaine notoriété ou être susceptible de l'acquérir
- l'artiste doit concilier sa production ou ses prix avec l'ampleur de son marché
- l'artiste doit payer les services qu'il suscite ou bien accepter les conditions particulières que lui proposent le musée et les marchands
- l'artiste doit rester fidèle à son image de marque.

Par l'utilisation de l'institution postale l'artiste prend en charge tous les problèmes liés à la diffusion et à la réalisation de son travail.

La communication à distance, problème artistique

L'institution employée n'est pas étrangère à la nature même du travail des artistes qui nous concernent. L'utilisation de la lettre a pour effet immédiat de toucher le destinataire de façon précise. Non seulement l'artiste choisit son destinataire, mais aussi il choisit la manière dont il veut que son travail soit appréhendé. La correspondance est un objet personnel, elle est lue avec soin et attention, et certes plus d'attention que celle que l'on porte habituellement aux oeuvres dans une exposition.

La communication postale est une institution et comme telle suit certaines règles. Cette institution est née du fait que des contacts personnels et oraux ne pouvaient plus se faire, elle est donc un palliatif et un intermédiaire. Cette institution a normalisé son matériel avec son extension et à la seule vue du document postal il est possible d'en déterminer la nature du contenu. Le télégramme, la lettre express, la simple lettre, le pneumatique véhiculent des messages différents. Leurs formes sont très précisément délimitées et il faut s'en contenter. Les artistes vont s'attacher à ces questions, certains parodient l'institution par des détournements, des entorses à la règle, ou par la création d'un matériel postal inattendu, d'autres placent leurs recherches dans les conditions de prise de connaissance des documents ou des objets expédiés.

Depuis les livres de Klee, Kandinsky, depuis que l'artiste écrit et considère son art comme une réflexion sur les conditions mêmes de la fabrication d'images (Klee parle de genèse), les possibilités ont été ouvertes pour une recherche totalement libre sur les modalités de la perception et de l'activité artistique. Nous ne voulons pas affirmer que tout l'art actuel n'est qu'une grande réflexion sur la notion d'art et tous les problèmes adjacents, mais nous pensons qu'il s'agit là d'un problème général qui est largement développé. L'art conceptuel en serait la forme la plus intellectualisée mais certes pas la seule. Quant à la forme que nous privilégions dans cette section, elle ne saurait être un nouveau style ou une nouvelle tendance. En effet depuis que l'art s'est libéré des matériaux traditionnels, il n'existe plus une hiérarchie entre les arts et la différenciation des techniques n'est plus qu'une adaptation ponctuelle d'une réflexion sur un matériau particulier. Ceci pour dire que si nous avons choisi une forme parmi d'autres, ce n'est pas parce qu'elle est la seule forme possible d'une réflexion esthétique sur les modalités de la communication à distance. Ce problème est également abordé à travers l'utilisation du téléphone, du film, des enregistrements sonores ou en video-cassettes, de la photographie, du texte etc... La preuve en est que tous les artistes qui participent à cette exposition se manifestent par de nombreux autres moyens.

En affirmant que le problème esthétique majeur ne peut en rien rendre compte de manière globale de cette manifestation, nous ne nions pas l'unité de ce qui vous est présenté car le mode très particulier de diffusion et de réalisation de ces travaux constitue un point très isolable. Et ce n'est pas sans raisons que ces artistes se sont penchés sur l'institution postale. Cette institution est vitale à notre société et en présente toutes les contradictions. Elle a été créée pour permettre l'acheminement de messages et d'informations, mais elle se voit submergée et est actuellement à la limite de ses possibilités.

Notre société moderne qui ne repose plus uniquement sur des échanges de biens a vu ses "services" augmenter et les échanges symboliques se multiplier. Un objet produit plus de travail pour sa diffusion que pour sa fabrication. Le transport de l'information est plus important que celui des marchandises. C'est cette contradiction actuelle de notre société de consommation qui est en quelque sorte touchée par l'activité artistique. Non seulement les artistes se permettent d'engorger et de troubler par leurs entorses au système l'institution postale, mais aussi ils cherchent à se libérer par ce moyen de la tutelle des intermédiaires (galeries et musées). Leur travail se présente donc comme une contestation du système , de la consommation puisqu'ils ne vendent pas ce travail mais aussi parce qu'il prennent possession directement des moyens d'information qui restaient réservés aux intermédiaires par lesquels ils devaient passer. Enfin ils détournent par la dérision la fonction purement utilitaire d'une institution.

La liste de ce catalogue est indicative. Vu le caractère ouvert de cette manifestation, il est en effet impossible de donner une liste exhaustive. Mais, nous pouvons préciser et annoncer un certain nombre de manifestations qui se dérouleront dans le cadre de cette section. Des cartes postales et des questionnaires seront mis à la disposition du public qui devra les utiliser selon les consignes laissées par les artistes (Ben, Groh, Gette, Staeck...).

Klaus Groh fera distribuer des cartes postales au public qui, en les lui renvoyant avec un mandat, recevra une déclaration de lui-même sur sa situation à Oldenburg. Une série de lettres adressées aux organisateurs constituera une autre forme de participation. Anthony Scott établira un bureau Swiz utilisant le matériel postal en place dans les salles d'exposition. Helmut Schweizer fera parvenir un bouquet de fleurs dont on observera la décomposition au cours de l'exposition. Gette entend réaliser une enquête pour la réalisation d'un biotope humain. Alex Mlynarcik expédiera 5.000 doubles pages à des destina-taires différents qui, après avoir dessiné ou écrit dessus, devront les faire parvenir à la Biennale. Ceci constituera la première partie du livre "Les messages", la seconde étant réalisée par le public au cours de la manifestation. Dov Ermer fera remplir des fiches en trois exemplaires au public. A la réception des fiches il expédiera par groupe de 4 des textes qui ne prendront leur sens que par la réunion des quatres destinataires différents.

L'énumération de ces événements risque de conduire à des répétitions sans intérêt car, en effet, un grand nombre de propositions apparaissent fort semblables au vu des seules conditions de réalisation, la nature des objets ou des textes entraînera une différenciation plus évidente.

De nombreux projets prévoient l'arrivée quotidienne ou régulière de documents qui une fois parvenus constitueront une pièce indissociable. Dans d'autres cas, les participants pensent utiliser de manière intensive le matériel postal (boîtes à lettres, téléphones, distributeurs de timbres, etc...) qui sera à la disposition du public. Des textes seront policopiés et diffusés, des envois seront effectués à partir de la Biennale d'après la liste que les visiteurs auront pu établir.

II est fort probable que cette manifestation prenne un tour inattendu et que sa compréhension ne se fera que grâce au nombre de visites et à une participation active des visiteurs.

Jean-Marc Poinsot

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